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« Elle pleurait. J’aurais pu mitrailler. J’ai posé l’appareil »

 
Depuis plus d’un an, Bertrand Gaudillère suit la trajectoire d’un sans-papiers
source : Le Temps

Certains aiment mettre des visages sur les noms. D’autres des noms et des figures sur les chiffres. Bertrand Gaudil­lère, photographe lyonnais, suit depuis début 2010 Guilherme, sans-papiers angolais menacé permanent d’expulsion. Ce travail, qui vient d’être exposé à Visa pour l’image, fait également l’objet d’une publication. Discussion au moment de la sortie de Vol spécial, film de Fernand Melgar sur les centres de rétention.

Le Temps: Pourquoi ce projet?

Bertrand Gaudillère: Je voulais faire quelque chose autour de notre politique d’immigration et j’ai commencé à aller aux réunions du Réseau éducation sans frontières. Là, j’ai trouvé une fixeuse, je me suis mis à travailler comme si j’étais à l’étranger. Elle m’a permis d’accéder aux sans-papiers dans les squats, les foyers ou les locations. De trouver la bonne distance, également; je ne voulais pas les mettre en danger avec mes images, mais il me fallait raconter des histoires. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler de Guilherme, un Angolais arrêté dans mon quartier.

– Pourquoi vous focaliser sur une personne?

– Cela permet d’aborder toutes les problématiques des sans-papiers à travers une trajectoire. L’incarnation rend le propos plus fort. Cela dit, je ne voulais pas tomber dans la peopolisation de l’information et oublier tous les autres. La politique d’immigration est une suite de ces histoires dramatiques. Autour de Guilherme, il y a tout un collectif de soutien; ce ne sont pas des militants, mais des personnes de tous les horizons, pour qui cette arrestation a été celle de trop. Ils ont occupé une école, organisé un concert, écrit des lettres. Guilherme a échappé à quatre expulsions, dont l’une au moment de l’embarquement dans l’avion, grâce au commandant de bord. Sans ces gens, il serait loin depuis longtemps. Il est allé au bout de la procédure de demande de régularisation, mais il n’est plus soumis à l’obligation de quitter le territoire. C’est un ni-ni: ni régulé-ni expulsé. Ils sont des centaines de milliers dans ce cas, travaillant, payant des impôts mais n’ayant droit à rien. Guilherme a deux enfants nés en France.

– Est-il compliqué de garder la distance du photographe?

– C’est très difficile lorsque l’on suit les mêmes personnes pendant des mois. Alors que Guilherme venait d’échapper à une expulsion depuis Paris, j’ai suivi sa compagne jusqu’au centre de rétention de Bobigny où il avait été acheminé. Elle pleurait. J’aurais pu mitrailler en me disant: «Ah oui, super-photo. Elle a vraiment l’air perdu sans lui.» J’ai posé l’appareil.

– Avez-vous photographié à l’intérieur des centres de rétention?

– Impossible sans carte de presse. Or, comme je dois faire de la photo commerciale pour vivre et que cela représente plus de 50% de mes revenus, je n’ai pas droit à ce statut.

– Continuez-vous ce travail aujour­d’hui?

– Oui parce que j’aimerais pouvoir rajouter une image disant que ce gars a enfin des papiers et une vie normale. En revanche, je n’aimerais pas devoir compléter avec un chapitre entier; si Guilherme est expulsé, je prendrai l’avion moi aussi.

Des chiffres, un visage, par Bertrand Gaudillère, 128 pages, Editions Libel, 2011. www.editions-libel.fr


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mercredi 28 septembre 2011.

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