Mediapart (le blog de RESF)Histoire belge, histoire française, histoire kafkaïenne !par Nathalie Fessol (RESF 75/RESF en Belgique)

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Histoire belge, histoire française, histoire kafkaïenne !
par Nathalie Fessol (RESF 75/RESF en Belgique)

 

Brigitte Vigoureux, née au Congo de père belge et de mère congolaise, est de nationalité belge. Elle réside depuis plus de vingt ans à Paris, dans le 13ème arrondissement. Elle a cinq enfants, qu'elle élève seule. Quatre filles sont scolarisées à Paris, son fils vit au Canada. Les trois aînés ont acquis la nationalité française.

Ayant égaré sa carte d'identité belge en 2010, et n'ayant qu'un passeport périmé, elle se présente en 2011 au consulat de Belgique à Paris pour les faire renouveler et s'entend dire qu'elle doit se rendre au Congo, son pays de naissance, afin que l'ambassade de Belgique à Brazzaville lui établisse ces nouveaux documents ! Réponse absurde puisqu'elle se trouve dans l'incapacité de voyager sans pièce d'identité.

Sans réfléchir à la portée de sa démarche, en 2011, elle obtient du consulat congolais, qui ne se livre à aucune vérification d'identité ni de nationalité, un laissez-passer avec visa. Le 13 juillet dernier, elle s'envole pour Pointe-Noire, au Congo, où vit une partie de sa famille, avec ses deux plus jeunes filles - Elaura, née le 10 août 1996 dans le 14ème arrondissement, et  Thissyna, née le 5 octobre 1998 dans le même arrondissement.

Elaura, 15 ans, est en instance d'obtention de son certificat de nationalité française qu'elle doit retirer à la préfecture de Paris à son retour. Thyssina, âgée de moins de 13 ans lors du dépôt des dossiers de demandes de nationalité, ne l'a pas encore et est belge par filiation maternelle. Les deux enfants, mineures, voyagent sur le laissez-passer de leur mère.

A Brazzaville, Mme Vigoureux demande à l'ambassade de Belgique le renouvellement de ses documents d'identité. Elle découvre alors, sans que les services consulaires puissent lui fournir une réelle explication, qu'elle aurait été déchue de sa nationalité belge. En conséquence, le consulat lui refuse un passeport ou une quelconque attestation lui permettant de rentrer en France avec ses filles et en profite pour conserver le passeport périmé de Brigitte, au prétexte de vérifications.

Brigitte Vigoureux ne comprend pas : elle a toujours été titulaire d'un passeport belge, a toujours été enregistrée par les services d'état-civil belges  et peut produire un certificat de nationalité. Pourtant, l'ambassadeur de Belgique à Brazzaville lui signifie par téléphone que, n'étant plus de nationalité belge, il ne peut rien pour elle. Le 21 septembre, alors qu'elle est dans les locaux de l'ambassade à la recherche d'explications et tente une nouvelle fois de récupérer sa nationalité et son identité, une conseillère lui enjoint vivement de quitter les lieux car elle n'est plus ressortissante belge.

Par la volonté de son pays, Brigitte Vigoureux est devenue apatride, ce que la Charte européenne des droits fondamentaux interdit formellement. Mais la Belgique se défausse en affirmant qu'elle est dans son pays, au Congo, et qu'il lui suffit d'effectuer les démarches nécessaires pour obtenir un passeport congolais. Munie de celui-ci, elle demandera alors à l'ambassade de France à Brazzaville un visa d'entrée pour elle et ses filles !!!

Mais Brigitte Vigoureux n'est pas congolaise, elle ne l'a jamais été ! Elle n'a jamais opté pour cette nationalité ! Et ses filles sont en instance de perdre toute nationalité ! Elaura ne pourra récupérer son titre de nationalité française qu'a condition de se présenter elle-même accompagnée de sa mère, à la préfecture de Paris. Et Thyssina ... au fait, quel est aujourd'hui son statut ?

Les premières victimes de cette situation kafkaïenne sont les deux filles de Brigitte. Ces enfants, qui se rendaient pour la première fois en Afrique, vivent un vrai cauchemar. Traumatisées, elles ne souhaitent qu'une chose : rentrer à Paris, chez elles, et reprendre leur vie d'adolescentes. Elaura, scolarisée en seconde au lycée Claude Monet, et Thissyna, en classe de 4ème au collège Georges Sand - deux établissements du 13ème arrondissement - ont raté la rentrée scolaire et accusent déjà presque un mois de retard sur le programme.

A Paris, les deux autres filles de Brigitte attendent le retour de leur mère et de leurs jeunes sœurs.

Brigitte Vigoureux, en désespoir de cause, a adressé un courrier à la Halde, resté sans réponse, puisque cette autorité a disparu. Le nouveau défenseur des droits, Dominique Baudis, qui n'a visiblement pas compris l'urgence de la situation, n'en a même pas accusé réception. Et il ne semble pas avoir transmis le dossier à Marie Derain, la défenseure des enfants, pourtant concernée par la situation d'Elaura et de Thissyna.

A Paris, les soutiens se mettent en place : les enseignants d'Elaura et de Thissyna, les parents d'élèves, se mobilisent. Un comité de soutien est né. Une pétition circule (adresse à venir sur le site de RESF). Les syndicats d'enseignants sont informés  de la situation par RESF, ainsi que le conseil régional d'Ile de France. Des élus sont contactés. Emmanuelle Becker, conseillère de Paris et élue du 13ème arrondissement, vient d'adresser une lettre de demande d'explications à l'ambassadeur de Belgique en France.

De son côté, la préfecture de Paris, informée de la situation, se retranche derrière le fait qu'il s'agit d'une histoire belge !

Pas si belge que cela : deux enfants  - dont l'une est en cours d'acquisition de la nationalité française et l'autre devenue apatride par la prétendue déchéance de nationalité de sa mère - coincées à Pointe-Noire par une situation qui les dépasse, se demandent quand elles pourront regagner un pays où elles vivent depuis leur naissance, un pays qui est le leur... avec une mère qui n'obtiendra jamais de passeport congolais, n'en veut pas et veut être rétablie dans ses droits de citoyenne belge et européenne, libre de rentrer dans l'espace Schengen sans visa .

Ces enfants doivent rentrer en France, à plus forte raison si l'une d'elles est devenue, dans les faits, apatride ! Et il est inconcevable qu'elles rentrent chez elles sans leur mère.

Nathalie Fessol - RESF Paris/RESF en Belgique


voir aussi :

 
 RESF - Logo RESF avec texte "resf"P1995 - Thyssina, Elaura et leur mère Brigitte Vigoureux, doivent rentrer en France
dimanche 2 octobre 2011.

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