
Mélissa, 7 ans, ouvre son porte-monnaie rose : à l’intérieur, elle montre fièrement ses bons points. « Quand j’en aurai dix, j’aurai une image », assure-t-elle, sans jamais se dépareiller de son lumineux sourire. Mélissa parle tout autant le bosniaque que le français. Elle est en CP, travaille bien à l’école, mais elle est triste : depuis hier, avec ses parents, elle n’a plus d’endroit où dormir.
Hier après l’école, sa maman l’a emmenée prendre l’air avant qu’elles trouvent de l’effervescence à la Maison du peuple. Une centaine de personnes s’est spontanément installée, à 17 h, dans cette maison qui porte si bien son nom, avec l’ambition de ne pas bouger de là tant que Mélissa et ses pairs, sans papiers, Kosovars, Bosniaques, Arméniens, trouvent un toit pour la nuit. Soit soutenir neuf familles, déboutées du droit d’asile, qui ont reçu une « Obligation de quitter le territoire français » (OQTF) depuis parfois plusieurs mois, et n’ont plus de solution de recours que d’envisager de quitter le pays.
Ces 35 parents, enfants, adolescents, tous scolarisés, et bébés auraient dormi cette nuit dans un parc, dehors, au froid si RESF (Réseau éducation sans frontières) n’avait pas battu le rappel. La raison ? « Il n’y a plus de régularisation depuis quelque temps déjà, explique un membre du réseau. Malgré la scolarité des enfants, les promesses d’embauche pour les parents. Puisque les situations ne se décantent plus, ce sont les centres d’hébergement de la ville qui saturent ».
Ces familles-là ont rendu la clef de leur hébergement au Cada, le centre d’accueil des demandeurs d’asile installé aux Glacis, hier à 14 h. Après avoir reçu, mardi dernier, un courrier leur demandant de partir. Il ne restait qu’une solution : que les bénévoles de RESF 90 et de la Ligue des droits de l’homme fassent état de la situation aux pouvoirs publics, dont la plupart avaient été alertés ces derniers jours. C’est le discours qui a été tenu à Étienne Butzbach et Yves Ackermann. Ville et conseil général, vivement conviés à la Maison du peuple, ont cherché, durant plus d’une heure, une solution pour la nuit, avant une entrevue avec les services de la préfecture aujourd’hui. Pour le maire et le président du conseil général, il s’agissait de prendre une décision vitale de santé publique tout en restant dans le plus strict cadre de la loi. Car l’héberger d’un sans-papiers est, en France, un délit.
Si la situation est inédite à Belfort, la saturation des centres d’hébergement a été constatée dans de nombreuses villes de France, indiquent les membres de RESF. Hier soir, tout le monde a donc dormi au chaud mais les bénévoles ont prévenu les familles : « Ce n’est pas parce que vous allez trouver un toit ce soir que vous allez avoir des papiers ».
En attendant, Mélissa retournera ce matin à l’école, à la chasse aux images.
