
par Karine Frelin
Quasi inespéré : Me Bruno Vinay, du barreau de Paris, l’avocat qui a défendu, dimanche, devant le tribunal administratif de Melun, la famille Latifi, a été particulièrement « pugnace et efficace », expliquait, hier soir, Muriel Thanneur, du Réseau éducation sans frontières (RESF 90).
Lendita, Dashnor et Tuana Latifi, leur bébé de 11 mois, ont été libérés dans la journée d’hier, alors que vendredi, leur expulsion vers le Kosovo était annoncée pour ce mardi. Le préfet du Territoire de Belfort a été « sommé de réexaminer leur dossier et qu’on les laisse tranquilles durant trois mois, avec un titre de séjour provisoire », ajoutait Monique Le Guen, de RESF 90. Les Latifi étaient en route hier soir pour le Territoire de Belfort, plus précisément Étueffont, où vit leur marraine, Chantal Philippon. Un peu de répit a donc pu être annoncé aux personnes qui, depuis une semaine, suivent et soutiennent huit autres familles sans toit depuis le 17 octobre. Les Latifi faisaient partie du groupe lundi dernier. Ils ont été interpellés jeudi matin, à l’aube, par la police après que Lendita avait témoigné à la télévision. Une relation de cause à effet ? RESF 90, sur son site Internet, l’a en tout cas laissé penser…
La famille, placée en centre de rétention au Mesnil-Amelot, en capacité d’accueillir enfants et parents avant l’expulsion vers leur pays d’origine, va peut-être bientôt retrouver deux de ses trois enfants, Myrteza, 13 ans, et Moala, 10 ans, qui avaient, il y a deux semaines, été cachés chez un proche. C’est sans doute l’expulsion décidée malgré la séparation de la famille et de la fratrie qui a pesé dans la procédure à Melun.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi Besson en juin, qui a changé la donne en matière d’accueil des demandeurs d’asile, l’unité familiale n’est plus une règle. Reste, comme le dit Muriel Thanneur, que « pour ceux qui sont encore à l’hôtel, on tremble toujours ». Des familles attendent encore des réponses du tribunal administratif de Besançon et bien que les décisions à venir ne sont pas suspensives pour une éventuelle expulsion, il n’a jamais été de coutume, dans le Territoire de Belfort, d’interpeller durant une procédure d’appel. Parmi les personnes toujours à Belfort, une dame seule a intégré le centre d’hébergement de l’Armée du Salut rue du Commandant-Legrand, et il doit en être de même pour une autre famille. Les situations restent néanmoins précaires.
Samedi, à l’issue de la manifestation du collectif d’associations, de syndicats et de partis politiques en faveur des « sans toit », une délégation a été reçue par Marie-Claude Lambert, directrice de cabinet du préfet, qui a « pris des notes et fera remonter », précisent les participants.
Une nouvelle entrevue entre RESF 90, la Ligue des droits de l’homme, le Secours catholique et le secrétaire général de la préfecture est prévue jeudi matin. RESF 90 va également faire une demande de logements plus durables à la mairie. Mais hier, tous les déboutés du droit d’asile n’avaient en tête « que » cette remarque d’un membre du Réseau : « Ce n’est pas parce que la police vous emmène que tout est fini ».
voir aussi :
Communiqué de presse RESF 90
EXPULSEE SANS SES ENFANTS POUR AVOIR TEMOIGNE A LA TELE !
