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La Voix du Nord : Mounzer Rahmoun : artiste plasticien, le Syrien se sent... « français à 100 % »

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Mounzer Rahmoun : artiste plasticien, le Syrien se sent... « français à 100 % »

 

Il est arrivé à l’âge de 20 ans en France, pour poursuivre des études aux Beaux-Arts, « dans un pays réputé pour sa culture ». Vingt-huit ans plus tard, il vit toujours à Lille et expose en ce moment dans une brasserie de Lambersart. Finie l’époque où il était sans-papiers, mais il n’a toujours en poche qu’une carte de résident temporaire. Et il n’a pas oublié son pays d’origine, en pleine tourmente sociale et politique. Rencontre

PAR ISABELLE ELLENDER

Gros pull chiné, barbe de trois jours, petites lunettes relevées sur le front et large sourire. Mounzer Rahmoun, 48 ans, est un optimiste : « J'ai toujours eu confiance en mon destin », lance-t-il en bon français, avec un petit accent, dans les premières minutes de notre interview, à la brasserie Sainte-Cécile de Lambersart où il expose plusieurs de ses toiles - des grands formats colorés, « Des fenêtres de lumière ».

Pourtant, le parcours du Syrien n'a pas été un long fleuve tranquille. Une enfance sans histoires à Alep, un père commerçant, une mère qui élève ses cinq enfants. Et à 20 ans, le « désir d'aventure, de découvrir un autre monde ». Le jeune homme parle anglais mais choisit la France, « réputée pour sa culture ». Toulouse, puis les Beaux-Arts de Tourcoing, ses « années bonheur », celles où le statut d'étudiant lui permet de travailler quelques heures dans la restauration. Et surtout de s'adonner en toute liberté à sa passion, les arts plastiques : peinture, sculpture, gravure, le jeune Mounzer se sent pousser des ailes.

Jusqu'aux lois Pasqua et un mandat d'arrêt international lancé contre lui. Envolée l'insouciance. Le jeune Syrien vit dans l'inquiétude pendant trois ans, dans son atelier lillois. Ironie du sort : l'artiste sans-papiers multiplie les expositions, parfois estampillées « ville de Lille » ou « conseil général »... Il se souvient notamment de ses sculptures superbement mises en valeur à l'îlot Comtesse, à Lille, en 1997.

Vers l'an 2000, il se retrouve même en garde en vue. Avec la peur d'être renvoyé en Syrie. Ce ne sera pas le cas. Soulagement. Et les lois Chevènement vont lui permettre d'obtenir une carte de séjour temporaire, quinze ans après son arrivée dans notre pays. « Depuis, je marche dans la rue sans avoir peur », se réjouit Mounzer.

Oui, mais... après vingt-huit ans passées en France, le Syrien n'a toujours pas de papiers définitifs : une carte de séjour temporaire qui l'empêche de trouver un vrai travail dans la branche où il excelle, l'art. Le patron de la brasserie, son ami libanais Franck Katrib (« plus qu'un ami, c'est mon frère ») est révolté : « Je ne comprends pas ! Un gars comme lui, avec son talent, qui se sent comme il le dit toujours 100 % français... vous trouvez normal qu'il n'ait que des papiers temporaires ? ». Mounzer le regrette, mais ne s'énerve pas. « Je préfère rester zen, je n'ai pas envie de perdre les pédales »...

S'il se sent français, est-ce à dire que les événements politiques en Syrie, où il n'est retourné que deux fois depuis 1983, ne le concernent pas ? « Vous savez, ça fait des siècles qu'en Syrie, les gens ne vivent pas tranquilles... Je trouve légitime que les Syriens aspirent à changer les choses, à avoir plus de liberté d'expression. Et si pour attirer l'attention des politiques, il faut crier, alors, qu'ils crient ».

Pour lui, le problème « n'est pas la personne de Bachar el-Assad, mais tout le système, ceux qui l'entourent et dirigeaient déjà le pays du temps du père, Hafez el-Assad ». Mais si pour sauver la Syrie, il faut virer le président, « alors qu'on s'en sépare ».

Mounzer et Franck ont vu les images récents des ambassades étrangères attaquées. Cela les étonne : « le peuple syrien est généreux, cultivé, ouvert. Non, ce ne sont pas des sauvages ! ». Alors pourquoi ces exactions ? « Je ne sais pas de quel côté ils sont, mais ce sont des profiteurs, qui veulent ternir l'image du pays », regrette l'artiste.

Quant à la menace d'un embargo par la Ligue arabe, « ce ne serait pas une solution : un embargo, ça fait souffrir les gens, pas les dirigeants...

dimanche 27 novembre 2011.

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