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Medias - Le Journal du pays basque

Enfant de l’exil et de la clandestinité, Izazpi aspire à une vie normale

 

par Giuliano CAVATERRA

Izazpi a tout juste 17 ans, il est élève au lycée Saint-Joseph d’Hazparne et joue au rugby à l’ASB après être passé par l’Aviron. Il a les mêmes intérêts et préoccupations que les jeunes de son âge. Un ado comme les autres, en somme. Comme les autres ? Pas tout à fait. Enfant de l’exil et de la clandestinité, il a connu le sort des sans-papiers, avec tout ce que cela implique, surtout quand on est enfant.

Aujourd’hui, il ne peut obtenir de papiers espagnols (sa mère est originaire du Pays Basque Sud) et encore moins français. A quelques mois de passer son CAP froid et climatisation, il lui a donc fallu faire un voyage express en Uruguay pour aller chercher un passeport, car l’Uruguay, pays où il est né, est le seul pays à lui accorder des papiers. Cet aller-retour, par ailleurs très coûteux, qui va lui permettre de passer son examen, n’est que le dernier avatar d’une vie passée sans papiers.

Mensonges et justifications

A un an de sa majorité, Izazpi a décidé de briser le silence. Un silence avec lequel il a appris à vivre depuis sa plus tendre enfance. Mais il a du mal à parler, “c’est difficile après plus de dix ans”, dit-il. Il a sept ans lorsque sa mère, Lurdes, et son compagnon, Jose Maria, reviennent au Pays Basque en provenance d’Uruguay où ils vivaient sans papiers. Jose Maria se fait rapidement arrêter puis est relâché, mais le juge Garzón, à Madrid, rouvre des dossiers normalement prescrits et il replonge dans la clandestinité. Lurdes, elle, vit sans papiers et dans la peur d’une extradition. Le petit Izazpi doit alors apprendre à se taire et à mentir.

“C’était très difficile à l’école”, raconte-t-il, “par exemple lorsqu’il y avait des voyages scolaires hors du territoire français. On était obligé d’inventer des histoires, je devais me justifier auprès de mes amis qui me demandaient pourquoi je ne venais pas. En plus, il y a toute une ambiance autour de ces voyages qui se préparent plusieurs semaines voire mois à l’avance. Moi, je savais qu’à la fin je ne pourrais pas participer mais je ne pouvais rien dire. Au collège, c’était un peu plus facile, les autres savaient, mais ça me prenait bien la tête”. Il lui reste notamment le souvenir douloureux d’un voyage manqué à Barcelone. “Pareil pour le rugby. J’ai loupé un voyage en Irlande”, se souvient-il. “Une autre fois, nous allions à Paris pour une finale et tout le trajet je me suis demandé ce que je pourrais raconter si nous étions contrôlés”.

Il pourrait avoir des papiers espagnols mais ses demandes sont bloquées car il lui manque un certificat de reconnaissance de sa mère. Or celle-ci n’a plus de papiers et à peur de se rendre en Pays Basque Sud. Car bien qu’officiellement il n’y ait pas d’instruction ouverte à son encontre dans l’Etat espagnol, elle a, comme les autres exilés, peur d’une arrestation arbitraire (voir encadré).

Izazpi, lui, attend avec impatience sa majorité qui lui permettra, espère-t-il, de régulariser sa situation. Vivant et étudiant en Pays Basque Nord, il espère que l’Etat français lui accordera des papiers, sinon il en demandera dans l’Etat espagnol. En attendant, il garde son passeport sur lequel enfin apparaît le nom de sa mère.

Un débat aura lieu sur le thème des exilés à 17 heures au gaztetxe de Miarritze avec G. Mouesca, J. Irazola et un avocat. Il sera suivi d’un concert de soutien à 20h30 avec Vendetta, Xutik et les célèbres Betagarri.

 

Des dizaines de Basques sans-papiers

Les 50 ans qu’ont duré le conflit armé en Pays Basque ont vu des milliers de personnes partir en exil. On en trouve en Afrique, aux Amériques et en Europe. Plusieurs dizaines d’entre eux vivent, comme Lurdes, en Pays Basque Nord, souvent sans papiers d’identité officiels. “Vivre sans papiers, c’est toujours très compliqué”, nous explique Lurdes. “Pour un abonnement au téléphone, à l’électricité, pour tout un tas de démarches, il faut des papiers. Des fois, on se débrouille avec l’Ehna [carte d’identité basque, ndlr] mais en général, ce n’est pas possible”. Un membre du collectif des exilés basques ajoute : “Nous avons peur de nous rendre en Pays Basque Sud pour faire des papiers. Cela veut dire aller au commissariat à Irun et là, il y a le risque d’être torturé”. Cependant, il pense que “la nouvelle situation en Pays Basque ouvre des perspectives. Le problème des exilés devra être abordé comme une des conséquences du conflit. Les Etats français et espagnol devront s’emparer de ce problème. C’est pourquoi nous manifesterons le 10 décembre à Bayonne”.

samedi 3 décembre 2011.

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