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La Tribune de Genève : Les sans-papiers oubliés des révolutions russes Poutine

 

par Alain Jourdan

Ils étaient déjà là du temps des tsars. Pendant la période soviétique, on les ignorait. Aujourd’hui, leur sort laisse indifférente une bonne partie de la population. Les sans-papiers pullulent dans la Russie de Medvedev et Poutine. «Comme ils n’ont pas d’existence administrative, on ne connaît pas leur nombre exact», explique Pierre Jaccard, président de Nochlezhka Suisse Solidaire.

Au retour d’un voyage à Saint-Pétersbourg, ce reporter-photographe a créé une association de soutien à l’ONG russe Nochlezhka («un toit pour la nuit» en russe) qui vient en aide aux sans-papiers et aux sans-abri. Les soubresauts politiques du moment ne changeront sans doute rien à leur sort.

Une loi sans effet

«L’individualisme a pris le dessus», déplore Pierre Jacquard. L’an passé, une quarantaine de sans-abri a succombé au froid. Tous les sans-papiers ne sont pas des sans-abri mais tous sont appelés à le devenir s’ils ne se mettent pas en règle au plan administratif. Or, les démarches pour obtenir la Propiska, le passeport intérieur, véritable sésame pour vivre et se déplacer librement, relèvent du parcours du combattant.

Après son élection, Dmitri Medvedev avait promis de régler le problème en levant les obstacles aux régularisations. Le successeur de Vladimir Poutine a même fait voter une loi pour que les sans-abri puissent être soignés dans les hôpitaux. Mais elle n’a pas été suivie d’effets. Aujourd’hui, rien n’a changé. Rien qu’à Saint-Pétersbourg, 35 000 personnes seraient condamnées à vivre dans la précarité. C’est du moins le chiffre avancé par Nochlezhka qui assure que 4% de la population russe vit sans papiers. Une situation jugée d’autant plus injuste qu’il s’agit de citoyens russes qui ont regagné les grandes villes pour trouver du travail.

Des milliers de familles sont condamnées à vivre dans le dénuement faute d’existence légale. Une situation kafkaïenne. «Un orphelin, lorsqu’il quitte l’orphelinat, ou un condamné lorsqu’il a purgé sa peine de prison, se retrouve dehors sans papiers, donc privé de tout moyen d’insertion dans la société», rappelle Pierre Jacquard.

En mai dernier, le problème des sans-papiers a été soulevé à l’occasion de l’examen de la Russie devant le Conseil économique et social de l’ONU. Des militants sont venus dénoncer «l’ostracisme administratif russe qui bafoue les droits humains».

Gérer l’urgence

Les observateurs ont recommandé aux autorités russes «de prendre des mesures efficaces, législatives ou autres, afin d’assurer, dans la pratique, que l’absence d’enregistrement de résidence et d’autres documents d’identité personnelle ne fasse pas obstacle à la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels».

La prochaine fois, la Russie devra rendre des comptes sur les progrès réalisés. En attendant, Nochlezhka est condamnée à gérer l’urgence. Sa dizaine de permanents apporte une aide quotidienne aux sans-abri. L’ONG s’emploie aussi à porter le problème devant les instances onusiennes et européennes pour obliger la Russie à changer ses lois. Ce lobbying politique s’exerce notamment depuis la Suisse où la communauté russophone soutient l’action de Nochlezhka. Le plus tragique est qu’il ne se trouve personne en Russie pour contester le bien-fondé de ce combat.

vendredi 30 décembre 2011.

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