Expulsions 2010 : Le très malsain M. Guéant
Record d’expulsions, record de refus de titre de séjour, record de refus de naturalisations, le ministre de l’Intérieur a présenté hier les chiffres de l’immigration 2011 comme autant de trophées. Au-delà des effets d’annonce que souhaitait provoquer le ministre en cette période électorale, ces chiffres illustrent encore une fois les dérives d’une politique guidée uniquement par l’obsession statistique.
Dans leur premier rapport conjoint publié en décembre dernier, les cinq associations présentes en rétention ont rappelé non seulement les souffrances et les multiples atteintes au droit que subissent les personnes étrangères en France au nom de la course aux expulsions mais aussi l’absurdité de cette politique. Rappelons que 30 % environ des expulsions correspondent à des retours « volontaires forcés » de citoyens européens, roumains ou bulgares qui ont tout à fait le droit de revenir en France les jours suivants. De même, près d’un autre tiers des expulsions correspond à des réadmissions vers d’autres pays européens de personnes interpellées aux frontières terrestres de la France.
La baisse annoncée du nombre de titre de séjour délivrés et du nombre de naturalisations poursuit cette même logique comptable en préfigurant une politique illégale et arbitraire de quotas d’immigrants. Réduire le nombre de titre de séjour, c’est seulement condamner à la précarité et à la clandestinité des milliers d’hommes, de femmes et de familles qui vivent et travaillent en France sans aucun effet sur une prétendue pression migratoire dont serait victime la France.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur n’illustrent en fait que l’échec d’une politique menée à coup de slogans et d’effets d’annonces. Incapable de répondre aux objectifs de « maîtrise des flux migratoires » qu’elle s’est donnée, cette politique provoque par contre des dégâts humains, économiques et politiques considérables, alimentant la xénophobie et le racisme tout en rabaissant les droits et les libertés fondamentales.
La Cimade dresse ce constat d’échec dans un état des lieux des politiques migratoires à paraître le 24 janvier prochain. Un état des lieux qui permettra de comprendre la véritable signification des chiffres claironnés par les pouvoirs publics et appelant à inventer une politique d’hospitalité en France et en Europe.
Travaillant ensemble depuis début 2010, les cinq associations : ASSFAM, La Cimade, Forum réfugiés, France terre d'asile et l'Ordre de Malte France, présentent ensemble le premier bilan de leur partage d'expérience sur la réalité de la rétention administrative des étrangers en France. Politique du chiffre, renforcement du régime d'exception qu'est la rétention, enfermement des familles, des enfants, autant de questions abordées dans ce rapport commun, pour interpeller les responsables politiques.
Le recours à l'enfermement est systématique, sans recherche d'alternatives En 2010, ce sont plus de 60.000 personnes qui sont passées par un centre de rétention en métropole ou en Outre-mer, dans un contexte de surenchère répressive. Le nombre de places en centre a augmenté de plus de 80% entre 2005 et 2011. Un nombre croissant de familles et d'enfants enfermés Le nombre des familles et des enfants en centre de rétention est en constante augmentation : en 2010, 178 familles ont été enfermées avec 356 enfants, dont 57 nourrissons, contre 318 en 2009.
Des conditions de rétention qui s'apparentent à celles de la détention et la difficulté à faire valoir en toutes circonstances les droits fondamentaux, des personnes engendrent tensions constantes et violences.
Sans préjuger des constats à venir, les associations dénoncent le renforcement de ce régime d'exception et la banalisation de l'enfermement comme mode de gestion des étrangers en situation irrégulière.
Les premiers mois de 2011 ont été marqués par la discussion puis l'adoption d'une nouvelle législation sur les étrangers contre laquelle les associations se sont mobilisées. Celle-ci allonge la durée de rétention et réduit le contrôle des pratiques policières et administratives par le pouvoir judiciaire.
Les constats en 2011 ne font que renforcer l'analyse et la critique sévère déjà exprimées par les associations.
Ce bilan doit susciter une vraie prise de conscience des responsables à tous niveaux afin de garantir le respect des droits fondamentaux de toute personne étrangère sur le territoire français, quelle que soit sa situation.
voir aussi :
GUEANT CANDIDAT NATUREL DU FRONT NATIONAL ?
ASH : La Cimade et RESF attaquent le bilan de l’immigration présenté par Claude Guéant 