Sans-papiers / Indignation du monde éducatif et de la gauche
La directrice d’une école maternelle a subi hier à Paris près de sept heures de garde à vue, après des incidents violents mardi lors de l’interpellation d’un parent d’élève sans papiers.
Convoquée hier vers 9 h pour témoigner au commissariat du XIXe arrondissement de la capitale, Valérie Boukobza a été placée en garde à vue pendant près de sept heures pour « outrage et dégradation de bien public en réunion » avant d’être relâchée, sur décision du parquet de Paris.
Avec deux autres personnes, elle avait été appelée à témoigner sur les incidents qui avaient opposé, mardi, des policiers à des parents d’élèves qui tentaient d’empêcher l’interpellation du grand-père chinois, en situation irrégulière, d’un enfant de 4 ans scolarisé à la maternelle de la rue Rampal, à Paris (XIXe).
Hier, peu avant 16h, le parquet de Paris a ordonné la remise en liberté de Valérie Boukobza et des deux autres personnes.
Selon Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération de l'enseignement, la directrice aurait « essayé de protéger les enfants » pendant les incidents et la police lui reprocherait d'avoir « tapé sur une voiture de police ».
La préfecture de police a fait savoir, à propos des incidents de mardi, qu'à « l'occasion » de l'interpellation d'« une personne en infraction à la législation sur les étrangers », « des personnes ont fait obstruction. Un policier a été blessé et aspergé d'un liquide irritant ».
L'annonce de la garde à vue de la directrice a aussitôt suscité des réactions d'indignation dans le monde éducatif et les milieux de gauche.
« Jamais on n'avait atteint un tel niveau. Déjà du gaz lacrymogène à l'entrée d'une école mais en plus, une tentative d'intimidation manifeste ! », a lancé Gérard Aschieri.
Le PS avait exigé la remise en liberté de la directrice, demandant que « toute la lumière soit faite » sur cette affaire, mais les protestations sont venues également des autres candidats de gauche à la présidentielle. Olivier Besancenot, José Bové, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, Dominique Voynet, tous s'en sont pris à Nicolas Sarkozy.
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a écrit au Premier ministre Dominique de Villepin, jugeant « inacceptable d'organiser des formes "d'embuscades" près des établissements scolaires ».
François Bayrou, candidat de l'UDF, a aussi estimé que «dans cette affaire, on a franchi des limites».
A la suite de ce tollé, le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir écrit aux préfets pour leur «rappeler» que «l'exécution des mesures d'éloignement d'étrangers en situation irrégulière ne doit en aucun cas donner lieu à des interpellations de police ou de gendarmerie dans l'enceinte ou à proximité immédiate d'un établissement scolaire».
Gaz lacrymogène
De nombreux enseignants avaient répondu à la mi-journée à l'appel du Réseau Education sans frontières (RESF) à se rassembler devant le commissariat du XIXe où la directrice était placée en garde à vue. Selon RESF et tous les témoins présents mardi dans le quartier de Belleville, les policiers « n'ont pas hésité à utiliser la violence physique et à asperger la rue de gaz lacrymogène pour disperser les parents qui s'opposaient à l'interpellation » du grand-père chinois.
Celui-ci, emmené mardi en fin d'après-midi au commissariat du IIe arrondissement, a été relâché mercredi, a précisé RESF.