MEDIAPART (blog RESF) : Après la "journée des femmes" avant-hier, matinée de femmes à la préfecture de Versailles hier !par Catherine Domergue, RESF78 et Cercle de Silence de Versailles

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(blog RESF): Après la "journée des femmes" avant-hier, matinée de femmes à la préfecture de Versailles hier !
par Catherine Domergue, RESF78 et Cercle de Silence de Versailles

 

Honteuse de voir ce par quoi sont obligées de passer de toutes jeunes filles et des mères de famille (n’était-ce pas hier notre "fête" ?!) dans leurs parcours d’exil ; à travers des gestes simples, des regards, quelques mots « universels », une vraie complicité féminine a pu naître entre nous... mais nous n’étions vraiment pas "à la fête" hier matin à la préfecture des Yvelines !

Chronique à la préfecture de Versailles le mercredi 09/03/2016 à 8h30

 

 Il fait froid (5°) et il pleut à verse quand j’arrive à la préfecture ce matin. Il y a énormément de monde, 30 ont déjà dépassé le coin et j’en compte près de 80 le long de la préfecture ; beaucoup de parapluies, de K-way, de cirés, même des sacs plastiques mais aussi de gens sans capuchon, trempés, dégoulinants, stoïques sous la pluie qui les frappe de plein fouet sans possibilité d’abri.

 

 En tête de file, des tibétains, et, surprise ! la maman de 3 grands enfants, rencontrée 2 fois à la P.A.D.A. (Plateforme d’Accueil des Demandeurs d’Asile)de l’association Coallia à Limay en janvier et février derniers ; elle est là, vaillante, debout devant la porte encore fermée ; à coté d’elle, par terre, 2 jeunes filles sont transies : tibétaines aussi, elles ont passé la nuit par terre, l’une parle bien français (depuis 4 ans en France) et accompagne sa jeune amie, transie, toute pâle, très éprouvée par sa nuit ; derrière elles, un jeunes afghan qui leur a prêté un duvet, complètement détrempé maintenant : elles l’avaient mis comme une bâche au-dessus d’elles, enroulées elles-mêmes dans un autre duvet et une polaire ; quelqu’un (le même ?) leur avait prêté un petit coussin rouge pour s’appuyer au mur ; je constate, quand elles se lèvent que le sol sous elles est effectivement …tout sec ! Donc, en tête, des tibétains ; les 2 enfants mineurs rejoignent leur maman, leur grand frère, majeur, est dans la file juste derrière ; après les tibétains, des afghans puis des africains, hauts en verbe ; en effet, une liste a été établie cette nuit et un homme jeune africain vient faire la police en début de file, pointant chacune des personnes ; un « resquilleur » qui se dit malade et tente de montrer un bout de papier n’est pas pris au sérieux et doit repartir en queue ; une femme enceinte sort difficilement de la file pour demander à être prioritaire, elle ne tient pas debout, s’appuie à la porte, tremblante…

 

 Il est 8h45 quand la porte s’ouvre : nouvelle bousculade toujours sous la grosse pluie ! les vigiles essaient de mettre un peu d’ordre et font entrer les quelques RV, en contrôlant sacs et vêtements ; un policier est juste derrière eux, les 2 autres sont près du guichet d’accueil ; puis c’est au tour de la file « sans RV » ; la future maman ne peut décoller de la porte qui la soutient ; les vigiles s’inquiètent et veulent appeler les pompiers, finalement elle peut rentrer au chaud avec l’aide d’un compatriote …

 

 

A l’intérieur, après "l’Accueil" et l’OFII, 6 guichets sont ouverts ce matin ; je rencontre et salue des connaissances avant de rejoindre les guichets « asile », voir ce que devient la famille tibétaine : hélas, hélas, la maman n’a pris qu’un ticket pour elle et ses 2 enfants mineurs ! après quelques explications et allées et venues, les enfants auront leur ticket …mais ils ne passeront que beaucoup + tard, tant pis, c’est un moindre mal, il restait heureusement des tickets (56 et 57) ; quant à la femme enceinte, elle a pu passer la première au guichet et s’est assise ensuite, écroulée contre une cloison ; inquiète, je l’interroge, elle ne veut rien, elle a la tête qui tourne, elle veut juste dormir un peu … ; je reparle d’appeler les pompiers "no" "no" ; pensant à une crise d’hypoglycémie, je propose une boisson chaude, "no" "no"… ; sa voisine de chaise, justement la maman tibétaine (elle vient elle aussi de passer au guichet) s’inquiète ; nous nous interrogeons des yeux, que faire ? peut-être a-t-elle faim ? vite, la dame tibétaine sort de son sac un paquet de gâteaux ; le compatriote reparaît, c’est quelqu’un de sa famille, il apporte un verre plastique de café brûlant, elle en avale quelques gorgées, retombe dans sa prostration ; j’interroge davantage, j’apprends qu’elle est enceinte de 8 mois, elle est arrivée à …5h du matin pour renouveler son récépissé, qu’elle s’inquiète pour son bébé qui ne bougeait plus ! mais là, ça va mieux, le bébé s’est remis à bouger ; la voisine tibétaine offre une madeleine ; la dame se remet un peu, nous regarde et finit son verre ; le parent est en voiture, il va s’occuper de la future maman ; non, il ne la raccompagne pas chez elle, elle a RV… à Paris… à l’hôpital…pour son bébé ! elle nous quitte, nous sommes (un peu) rassurées et je fais mes adieux à la dame tibétaine qui se confond en remerciements, alors que je suis plutôt honteuse de voir ce par quoi sont obligées de passer de toutes jeunes filles et des mères de famille (n’était-ce pas hier notre "fête" ?!) dans leurs parcours d’exil ; à travers des gestes simples, des regards, quelques mots « universels », une vraie complicité féminine a pu naître entre nous... mais nous n’étions vraiment pas "à la fête" hier matin !

 Catherine Domergue, RESF78 et Cercle de Silence de Versailles, le 10 mars 2016

dimanche 13 mars 2016.

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