
http://www.humanite.fr/journal/2007-04-28/2007-04-28-850368
Journal l'Humanité
Rubrique Société
Article paru dans l'édition du 28 avril 2007.
France
À Lyon, la police maintient la pression sur les sans-papiers
Immigration. La police de l’air et des frontières continue son harcèlement sur deux foyers de jeunes travailleurs de Lyon.
Au foyer Aralis de Gerland, dans le septième arrondissement de Lyon, l’arrestation de Mme Koulkiareva, après une intervention « à l’arraché » de la police de l’air et des frontières, l’a conduite au centre de rétention de Saint-Exupéry, où elle se trouvait toujours hier. Une seconde arrestation, d’un jeune Angolais, s’est soldée par sa remise en liberté quand la police s’est aperçue qu’il avait une demande de réouverture de dossier d’asile en cours... Le niveau d’alerte est d’autant plus grand que la direction nationale d’Aralis aurait donné pour consigne à ses directeurs de répondre aux exigences de la PAF.
Le 2 mai aura lieu, au centre social voisin, une projection du film Laissez-les grandir ici. En revanche, à la Maison d’accueil des jeunes ouvriers (MAJO) du Moulin à vent, la police est revenue, quinze jours après sa première intervention (lire l’Humanité du 19 avril 2007), pour exiger la liste des résidents « étrangers ». Comme il l’avait annoncé, le directeur Denis Mazel a refusé de communiquer quelque fichier que ce soit. « La police est arrivée sans mandat judiciaire et, devant mon refus, les deux agents se sont mis en colère, me menaçant de "représailles pénales". Nous ne sommes pas un véritable centre d’hébergement, nous sommes régis par le Code de l’habitat et par celui de la famille, pour notre action sociale. Nous avons une fonction médico-sociale et ces investigations policières vont à l’encontre de cette fonction. Comment établir des relations de confiance avec des jeunes si on les livre à la police ? De plus, fournir une liste de résidents étrangers relève de la discrimination. »
Le procureur avait très mal réagi aux interventions précédentes, annonçant qu’il ne donnerait pas son autorisation à de telles pratiques. La MAJO du Moulin à vent semble être le seul des foyers de jeunes travailleurs de l’agglomération à être dans le collimateur de la police. Quand celle-ci est intervenue dans un foyer villeurbannais similaire, c’était sur un nom précis, avec un mandat. « Pourquoi, dans le 8earrondissement, les pratiques seraient-elles différentes ? », se demande toute l’équipe éducative, qui fait corps autour de son directeur.
Émilie Rive