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Les ailes "brisées" d’un cuistot sans-papiers

 
Il a longtemps travaillé dans les cuisines de l’établissement "Au Vieux Mulhouse". M. El-Qaizy a été récemment obligé d’avouer qu’il était en situation irrégulière. Clairement menacé d’expulsion, l’homme fait appel à la clémence de l’État.

Il est arrivé en France le 26 août 1989. Dans la poche de ce Marocain, alors âgé de 22 ans, une carte de séjour lui permettant de suivre des études. Qu'on refuse de prolonger en 1993, en raison de résultats scolaires jugés insuffisants. « Il y avait les difficultés de la langue, mais aussi mon travail dans l'hôtellerie-restauration, en dehors des heures de cours », explique Abderrahim El-Qaizy.

L'homme, qui se retrouve donc en situation irrégulière, n'a cependant aucune envie de quitter le pays, notamment parce qu'il réalise qu'il a un avenir dans la restauration : « Plongeur, commis de cuisine, puis cuisinier. J'ai gravi tous les échelons », rappelle fièrement le Mulhousien.

« Mes cotisations sont à jour, j'ai toujours payé mes impôts, ma redevance télé »

Des compétences qui lui permettent d'être embauché en 1998 dans l'établissement "Au Vieux Mulhouse". L'homme aborde le sujet de la carte de séjour avec son patron, visiblement rassuré par les contrats précédents, la carte de sécurité sociale que M. El-Qaizy présente. « On avait souvent des contrôles, mais je suis déclaré partout, dans tous les organismes. Mes cotisations sont à jour, j'ai toujours payé mes impôts, ma redevance télé », poursuit le quasi-quadragénaire, qui s'était à nouveau manifesté auprès de l'État, en 1997, pour faire « une demande de régularisation dans le cadre de la circulaire Chevènement. Je ne remplissais pas les conditions, mais je me suis maintenu. J'avais commencé à construire ma vie ici ».

L'homme a investi dans un appartement mulhousien, qu'il a retapé, a tissé des liens de sympathie et d'amitié avec ses collègues de travail, ses voisins...

Tous tombent des nues lorsqu'ils apprennent qu'il n'est pas français


Il craque le 1er mai 2006, effectue une nouvelle demande de régularisation, parce que « ça me tracassait. Cela faisait près d'une quinzaine d'années que je n'avais plus pu rentrer dans mon pays natal. Je n'ai pas pu assister à l'enterrement de mes parents ». Après plusieurs semaines de silence de la préfecture, relancé à plusieurs reprises, l'homme reçoit une convocation « pour les nécessités d'une enquête judiciaire ». « Je suis arrivé à 9 h, j'ai été placé en garde à vue à 9 h 20. »

Direction les centres de rétention de Saint-Louis puis de Geispolsheim, où il restera pendant plus d'une vingtaine de jours, avant de s'opposer à son embarquement dans l'avion "Strasbourg-Casablanca". Puis un juge « ordonne la libération ». C'est un homme brisé qui regagne son appartement. Brisé, mais déterminé à raconter la vérité à son employeur, aux gens qui ont l'habitude de le côtoyer. Tous tombent des nues lorsqu'ils apprennent qu'il n'est pas français.

Elu représentant du personnel pendant son "absence"

M. El-Qaizy reprend son travail, apprend qu'il a été élu représentant du personnel pendant son "absence". « L'affaire se corse avec la Direction départementale du travail, qui a pris contact avec mon patron, le mois dernier. Ce dernier a été obligé de suspendre mon contrat », murmure M. El-Qaizy. Qui a tenté de faire connaître sa situation "particulière" au ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. A plusieurs reprises, des dossiers bien ficelés, agrémentés de nombreuses lettres de solidarité, de sympathie, voire de satisfaction, notamment auprès de personnes à qui il a apporté un « soutien scolaire ».

« Ce pays m'a permis de m'épanouir. Malgré l'absence de papiers, j'ai réussi à m'intégrer socialement, professionnellement. Maintenant, on m'interdit de travailler. J'ai des factures à payer, des crédits en cours. Je vis avec une menace qui plane au-dessus de ma tête », reprend M.El-Qaizy. « Je ne peux pas imaginer qu'on puisse me reconduire à la frontière. Le Président a insisté sur la valeur travail, sur le facteur d'intégration. En plus, je travaille dans la restauration », activité plutôt sinistrée, par manque de motivation, sujet évoqué par chaque gouvernement.

« Je m'adresse solennellement à M. Hortefeux, qui a dit dimanche, à la radio, qu'il était ministre de la loi et du coeur. Qu'il intervienne personnellement pour régulariser ma situation », murmure le Mulhousien.

Stéphane Freund Édition du Sam 7 juil. 2007



Activité salariale non déclarée ? Maintien volontaire dans la clandestinité ? M. El-Qaizy dispose de près d'une dizaine d'années de papiers administratifs, de feuilles de salaire, pour démontrer le contraire.( Photo DNA - Philip Anstett)
samedi 7 juillet 2007.

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