
Article paru le 1er août 2007
Belgique . Soulagement après la libération (provisoire) d’Angelica, onze ans, mais le problème des détentions d’enfants étrangers en centre fermé reste entier.
Bruxelles, correspondance particulière.
une liberté in extremis
Angelica et sa maman, toutes deux sous le coup d’un arrêté d’expulsion de l’Office des étrangers, ont finalement été libérées in extremis et elles ont pu regagner leur domicile à Bruxelles lundi soir. Mais ce fut une question de minutes : elles étaient dans un fourgon de police sur la route d’Amsterdam où elles allaient être placées de force dans un avion pour Quito quand l’ordre de libération du ministère de l’Intérieur est arrivé.
Ce dénouement inespéré est le résultat d’une décision de justice : le tribunal de première instance de Bruxelles avait rendu un arrêt d’extrême urgence lundi après-midi, alors qu’Angelica et Ana se trouvaient depuis le matin dans la zone des « non admissibles » de l’aéroport de Bruxelles. C’est la mobilisation des associations - UDEP, Ligue des droits de l’homme, Amnesty International - qui a sans aucun doute payé. Accourus à l’aéroport les militants, accompagnés de députés Écolo et CDH (Centre démocrate humaniste, de Joëlle Milquet, en pointe dans ce dossier), les militants ont obtenu qu’un médecin, une avocate et le consul d’Équateur rendent visite aux deux prisonnières. Leur rapport, faisant état de violences subies pendant le transfert à l’aéroport et détat psychologique alarmant de l’enfant, était suffisamment grave pour justifier la décision du tribunal : il évoque, dans ses attendus « un traitement inhumain et dégradant à l’égard de l’enfant ».
une pratique « inacceptable »
L’épouse du président équatorien, Anne Malherbe, d’origine belge, après avoir rendu visite à l’enfant dans le centre 127 bis, avait décrit la saleté, l’odeur d’urine, la promiscuité, l’absence de jouets et même de médicaments de ce lieu.
Mais la libération d’Angelica ne lève que provisoirement la menace qui pèse sur elle et les siens. Et le problème de l’enfermement des mineurs reste entier. Ils seraient actuellement 13 au 127 bis. 627 y sont passés l’an dernier. La Belgique a été condamnée en octobre 2006 par la Cour des droits de l’homme de Strasbourg pour atteinte à la convention internationale des droits de l’enfant. En février dernier, un rapport du ministère de l’Intérieur jugeait la poursuite de cette pratique « inacceptable ». Ce qui n’a pas empêché le ministre, Patrick Dewael, d’observer un mutisme total. Il faut dire que les partis flamands, sous pression de l’extrême droite raciste qui ne cesse de progresser aux élections, se satisfont de la loi actuelle. Pas les partis francophones - notamment le PS, Écolo et le CDH. La question de l’enfermement des enfants et, plus largement celle, du sort des étrangers en situation irrégulière risquent donc d’être deux chapitres épineux à ajouter à ceux dont on débat avec difficulté pour la formation du futur gouvernement fédéral.
Françoise Germain-Robin