
Lundi dernier, Kandiah Krishnananthan avait quitté le tribunal administratif de Strasbourg effondré. Le juge venait de confirmer l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) le visant. Après avoir embrassé son fils de 3 ans une dernière fois, ce Tamoul de 37 ans avait regagné, menottes aux poignets, le centre de rétention de Geispolsheim.
Hier, c'est libre qu'il a franchi les grilles du centre. Certes, il est assigné à résidence chez son frère, mais il retrouve son fils et sa compagne, Shanmugapiriya. Il ne cache pas sa joie. Sa concubine non plus : la police a tenté deux fois de l'interpeller chez sa belle-famille la semaine dernière ; en vain, elle était planquée chez des proches.
C'est grâce à l'intervention de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) que Kandiah Krishnananthan recouvre la liberté. Saisie par ses avocats, la CEDH a ordonné à la France de ne pas l'expulser avant le 15 septembre. Elle se prononcera donc sur le fond de l'affaire.
Il a déjà perdu un frère et un oncle, tous deux assassinés
« C'est une très bonne nouvelle. Des pays comme l'Allemagne, la Suisse ou le Canada ont arrêté d'expulser vers le Sri Lanka. Il y a donc de l'espoir, même s'il faut rester prudent », a réagi hier Simone Fluhr, membre de Casas (*), une des associations mobilisées autour de la famille.
Pour mémoire, M. Krishnananthan a fui le Sri Lanka en juillet 2001 pour échapper aux violences qui visent les sympathisants des Tigres tamouls (LTTE).
En tant que militant au sein du mouvement étudiant du LTTE, le SOLT, il a été détenu et torturé (chocs électriques, passages à tabac...) à de nombreuses reprises. Des certificats médicaux en attestent.
En outre, son oncle et un de ses frères ont été inquiétés en raison de leurs activités politiques, avant d'être assassinés.
M. Krishnananthan a demandé asile en France à son arrivée à Strasbourg en 2001. Débouté une première fois, il a demandé un réexamen de son cas en 2003. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis la Commission de recours des réfugiés (CRR) ont rejeté définitivement sa demande dans le courant de cette même année.
Quelques mois auparavant, la CRR avait accordé le statut de réfugié à son frère cadet - celui qui l'accueille aujourd'hui à Strasbourg - en raisons d'activités politiques... en tout point semblables aux siennes. Deux poids...

Kandiah Krishnananthan, hier, après sa libération