
« On va te mettre un joli pansement, dans l'ambulance »
« Une population exposée, pour laquelle l'accès aux soins est difficile », résume Guillemette Hannevicque, salariée de l'association. « On ne retrouve pas de pathologies particulières aux Roms, mais tout est amplifié par leur situation difficile. » Avec, en première ligne, les conditions sanitaires du campement. Ni eau, ni électricité. Le sol est poussiéreux, il se transforme en boue à la moindre averse. Entre les caravanes, les rats se faufilent, de jour comme de nuit.
Sur place, Médecins du monde commence sa tournée. Sur le perron de la première caravane, une petite fille joue sur le sol. Siegmar frappe à la porte. Personne. « La mère est partie faire des courses, et le père... On ne sait pas », rapporte un voisin. Le médecin examine l'enfant. Elle semble en bonne santé, a du désinfectant sur la cheville. Elle demande, d'une voix fluette : « Vous avez pas des dicaments ? » Sourire du toubib. « Des dicaments ? Tu n'es pas malade, toi. - Si, je suis malade. » La petite montre sa cheville. « On va te mettre un joli pansement, dans l'ambulance. »
La tournée continue. Pour beaucoup de cas, c'est surtout de la bobologie. Petites plaies, irritations. Quelques boutons de fièvre, liés à l'insalubrité ambiante. Et au stress. Pour Catherine Frapard, qui coordonne la mission Roms à Médecins du monde, « la somatisation est importante, notamment chez les mères de famille ».
Le casse-tête des expulsions
Un stress d'autant plus palpable que de nombreuses incertitudes pèsent sur les Roms. Souvent sans papiers, ils craignent parfois d'être interpellés dans la rue, au cours de leurs déplacements.
Pour Médecins du monde aussi, les expulsions sont un vrai problème.
L'importance de maintenir les malades dans le milieu familial
Une équation insoluble : comment assurer un suivi des soins, des vaccinations, quand les familles sont disséminées sur de nouveaux terrains ? Notamment dans le cas de pathologies plus lourdes, régulièrement relevées par l'association.
Cancers, affections dentaires ou problèmes nutritionnels nécessitent un suivi médical rendu difficile par les déplacements forcés des Roms. D'autant que pour ces populations à la culture clanique très marquée, il est important de maintenir les malades dans le milieu familial.
Après la visite, à Koenigshoffen, les habitants du campement défilent devant l'ambulance. Prise de tension, distribution de quelques médicaments, et beaucoup d'écoute. Catherine Frapard estime qu'il y a « un travail de "nursing" très important. Les Roms ont besoin d'être très entourés. Ils ne comprennent souvent pas les maladies et leurs appellations. » D'où la nécessité de leur expliquer, longuement, pour les rassurer.
Plus tard, près du Port-du-Rhin, une famille de Roms kosovars n'ose même pas quitter le terrain privé qu'elle occupe, « de peur de se faire arrêter ». Ce mercredi, la dizaine de consultations a permis de vacciner deux enfants, et de sensibiliser un peu sur le besoin de se présenter aux services de médecine rapidement. Sans toujours beaucoup de succès.
Pousser les Roms à se déplacer eux-mêmes
Médecins du monde convient aisément que les visites du mercredi après-midi ne sont pas la panacée. Pour Guillemette Hannevicque, « ils demandent beaucoup de médicaments, sans forcément aller plus loin ». La démarche de Médecins du monde est donc avant tout de créer un lien entre les Roms et les services de santé. Pour les sensibiliser, les pousser à aller dans les centres de soins gratuits. La Boussole, ou le local de Médecins du monde. Là, ils peuvent rencontrer des médecins, des infirmières, ou des spécialistes.
« On retrouve pourtant peu de gens qui viennent. Ils n'ont parfois plus la force de venir d'eux-mêmes. » Ou pas le temps. Car les journées des Roms sont chargées. Ici encore, la précarité en est la première cause. Plusieurs heures par jour pour trouver de l'eau, à manger, chercher du travail. Un casse-tête pour les mères de famille, si l'on y ajoute la difficulté de se déplacer hors des campements, généralement éloignés des centres de soins. Mais Médecins du monde progresse, mercredi après mercredi. « Quand ils ont l'habitude de nous voir, toutes les semaines, ils finissent par avoir confiance, et par se déplacer. »