Message d'Arlette Sauvage (CAIR CIMADE ardennes) :
Mardi 28 août 2007, 07 heures 30 du matin.
Beaucoup de policiers (une armada, nous dira-t-on) sortent de cinq voitures de police qui viennent de s'arrêter devant le CADA de Revin, dans les Ardennes.
Les membres de la famille ISUFI, le père, la mère, le fils Valdrin, 20ans, les trois filles Hamidé 16 ans, excellente élève, parlant PARFAITEMENT le français, et ses deux petites soeurs, bonnes élèves aussi : Driana, 14 ans et Violanda, 11 ans, dort encore. Comme le père, Rrahman (Rr : c'est bien l'orthographe) doit passer devant le Tribunal Administratif à la suite de son OQTF, et que cette pocédure est suspensive, chacun pense que jusqu'à cette date on ne peut pas venir les arrêter.
Ils sont réveillés "comme dans un cauchemar, j'ai eu trop peur" nous dira Amidé, même si toujours d'après elle, les policiers de la PAF n'ont été ni brutaux ni méchants et ont été respectueux (ce qui est habituel dans les Ardennes, mais pas partout malheureusement). Ils sont rapidement emmenés dans les locaux de la PAF où leur avocate ne tardera pas à les rejoindre. Valdrine sera immédiatement libéré et retournera au CADA de Revin où il se trouve aujourd'hui. Le père sera mis en cellule de rétention, la mère restant dans les locaux, hors cellule, afin de rester avec ses enfants mineurs. A un moment, la mère, Sitoré, fait un malaise et elle est conduite au SAMU de Charleville-Mézières. Quand elle revient, son mari est déjà parti pour le Centre de Rétention de Plaisir, dans les Yvelines. Rapidement elle y sera conduite, elle aussi avec ses trois filles.
Vers 18 heures leur avocate se présente pour les voir pour leur dossier. Il lui est répondu qu'ils sont déjà partis en Centre de Rétention. Or, le délai sur place est légalement de 24 heures, précisément afin que les étrangers en rétention aient le temps de préparer leur défense. De plus, il semblerait, que au moins la maman et ses filles se soient encore trouvées dans les locaux de Charleville-Mézières lorsque leur avocate s'est présentée, car elles ont dit avoir quitté Charleville vers 19 heures 45 ?
Situation aujourd'hui à 14 heures : leur avocate a interjeté appel de la décision du JLD de Charleville-Mézières, et l'appel devrait avoir lieu demain à Metz (la police de Plaisir étudie la possibilité de ne faire qu'un déplacement pour l'appel pour le JLD à Metz et le Tribunal Administratif à Châlons en Champagne pour le père. (Le père devait passer au TA seulement le jeudi 20 septembre, mais étant maintenant en rétention administrative, il doit y aller dans les 72 heures et y sera donc vendredi 31 août.
Rappel très rapide de la situation de cette famille : kosovars qui ont fui leur pays : en effet Monsieur ISUFI a collaboré avec les serbes pendant la guerre de 1998- 1999. à ce titre il a été persécuté par les albanais du Kosovo, jusqu'à ce qu'en 2005 il vienne demander asile à la France. Toutes ses démarches ont fait l'objet de décisions défavorables, essentiellement avec pour argument que grâce à l'intervention de l'ONU, le Kosovo est maintenant une zone sûre.
Espérant un apaisement avec le temps, et ne pouvant avoir une situation légale en France, il a accepté l'aide au retour et est retourné au Kosovo le 12 avril 2006. Mais dès leur arrivée à GJILAN, il a été considéré comme un espion et a de nouveau été harcelé par des extrêmistes albanais : ses enfants et lui même ont été victimes de nombreuses agressions physiques. Son fils Valdrin s'est fait agresser et passer à tabac. Sa fille de 16 ans a subi trois agressions avec coups. Enfin lui même a été laissé pour mort le 15 novembre 2006, à la suite de cela il a fait trois semaines d'hôpital, puis a dû aller en hôpital psychiâtrique (la famille dispose des preuves de ces hospitalisations). Sa femme et ses quatre enfants ont fui de nouveau vers la Fance, suivis par le père dès sa sortie d'hôpital.
La famille s'est fermement engagée à rembourser les deux échéances de l'aide au retour qu'ils ont déjà perçu, dès que l'un des membres de la famille travaillera.