le 22 / 10 / 2007
(Les otages de Chateaubriant, dont Guy Môquet choisis par Pucheu : une revanche sur 1936.)
En ces jours, il y aurait bien des choses à dire, notamment après l’émouvante inauguration de l’Ecole Lucie-Aubrac, samedi matin à Nantes, en présence de Raymond, lequel avait fait parvenir à la manifestation nantaise des Sans-papiers un texte clair et éloquent dénonçant les tests ADN et l’acharnement sur les étrangers. Cher Raymond, parlant sans notes, écouté dans un silence impressionnant par les enfants de l’école.
On pourrait également rappeler l’incroyable histoire de la désignation des 27 otages de Chateaubriant, dont Guy Môquet, assassiné un 22 octobre comme aujourd’hui même. Outre quelques résistants nantais, il fallait faire du chiffre avec des internés communistes, pour obtenir la cinquantaine d’otages réclamée par Hitler.C’est le sinistre Pucheu, ministre de l’Intérieur de Vichy, qui s’en chargea. La liste fut composée avec soin à Chateaubriant et supervisée à Paris et à Vichy. Ce que les médias de 2007 n’ont pas suffisamment remarqué, c’est que Pucheu connaissait personnellement une grande partie de ces fusillés, grands dirigeants syndicalistes de la mouvance communiste : Michels, Poulmarch, Timbaud, Vercruysse, Granet… En effet, ce sont ces dirigeants syndicaux de la CGT réunifiée qui avaient négocié les accords de branches qui succédaient aux « Accords de Matignon » de 1936. Il faut savoir que lors de ces accords Matignon arbitrés par Léon Blum, Pierre Pucheu figurait alors dans la délégation patronale, au sein de la Confédération générale de la production française (ancêtre du CNPF puis du MEDEF, avec l’UIMM), comme industriel ayant fait carrière dans la sidérurgie, notamment à Pont-à-Mousson, aux côtés de ces maîtres des forges qui vautreront plus tard dans la collaboration économique avec l’Occupant.
En quelque sorte le ministre Pucheu prenait sa revanche sur 1936 en faisant fusiller par les nazis les syndicalistes qui avaient animé le mouvement social des occupations d’usine et négocié l’été des congés payés… Un effarant crime de classe qui en dit long sur les moeurs d’un certain patronat français. Mais passons.
Par une coïncidence incroyable, c’est Laurence Parisot du MEDEF qui réclamait dernièrement que la Constitution française issue par son Préambule de 1946 soit retouchée par M. Sarkozy pour donner aux « accords » (dérogatoires) entre partenaires sociaux la même force que la Loi démocratique. Autant dire un coup d’Etat permanent. Aujourd’hui, le patronat ne fait plus fusiller les militants ouvriers, certes. Mais on comprend mieux les enjeux maintenant quand on apprend que l’UIMM de Gautier-Sauvagnac est soupçonnée d’avoir acheté la conscience de délégués syndicaux, ce qui est une autre façon de les tuer politiquement et moralement.
—————————–Mais l’événement du week-end pour moi, le haut-le-coeur qui ne passe pas, c’est d’avoir écouté Aline Pailler sur France Culture dans l’émission « Jusqu’à la lune et retour ». Avant de lancer le thème de l’émission, elle révélait avec tristesse ces faits ahurissants : A Limoges, un procureur du tribunal aurait demandé un examen d’âge au CHU, où le ou les médecins n’auraient pas mesuré leur excès de zèle si bien qu’ils auraient fait déshabiller deux jeunes africaines sans-papiers pour procéder à une description détaillée de leur sytème pileux des aisselles et du pubis, ainsi que de l’aréole des seins. On a honte de rapporter ces détails. On a honte d’imaginer l’humiliation et le viol psychique subi par ces jeunes filles mineures. On a honte de constater la violation flagrante des réglementations internationales protégeant l’intégrité des enfants. On a honte enfin de vivre dans un pays bien décidé à se faire détester dans tous les continents.
Si vous ne me croyez pas, vous pouvez écouter Aline Pailler (début de l’émission du 20 octobre, minutes 3 à 7 environ.)
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/lune/
Et lire le communiqué du Réseau éducation sans frontière, annonçant qu’une conférence de presse a dénoncé ces faits, mercredi dernier à Limoges, en s’interrogeant pour savoir si ces faits seront isolés ou généralisés :
http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?page=recherche&recherche=limoges *
“Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée”
Vous avez reconnu sans doute deux vers de Francis James chantés par Georges Brassens.
Jusqu’où ira-t-on dans l’ignominie ? A ceux qui croient qu’on peut endiguer autoritairement le fameux « appel d’air » des réfugiés dans cette France qui, dit-on, « ne-peut-pas-accueillir-toute-la-misère-du-monde », il faut dire d’urgence que c’est un leurre, que la France ne s’en remettra jamais moralement.
Que si l’amour de la Patrie a un sens, même lointain, on ne peut se laisser tous gagner peu à peu par des comportements barbares qui finiront par menacer chaque Français « de souche » dans sa vie quotidienne, sous prétexte de chasse aux indésirables, à force d’ADN, de biométrie, de délation aux guichets, de fichages, d’enfants internés et séparés de leurs parents, d’expulsions forcés vers la misère et la dictature, de déshabillage forcé…
Aux dirigeants de notre vieille nation, s’il leur reste un petit peu de sagesse (et de patriotisme ?) il faut d’urgence annoncer la triste vérité :
La guerre à outrance aux Sans-papiers sera forcément perdue, et dans le déshonneur total.
Perdue, exactement comme la Guerre d’Algérie fut perdue.
On sait trop peu qu’à la fin de cette guerre coloniale absurde, la France avait gagné militairement et était parvenue à contenir avec efficacité l’insurrection militaire du FLN, mais que cette guerre était définitivement perdue politiquement et moralement devant la conscience universelle, pour avoir employé des moyens inhumains et illégaux.
C’est ce qui adviendra forcément si nous nous laissons entraîner par le fond avec les tentations inédites de messieurs Sarkozy et de ses ministres policiers.