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BLIS N° 39

 

Au sommaire du Bliss n° 39

• Les tribunaux de l’Histoire et de la Géographie
• La solidarité n’est pas un délit
• Justice et liberté pour Sedat
• Sevrage et démantèlement familial à Sens
• Un jeune rom découvert seul à Saint-Denis…
• Enfants en rétention
• Urgent famille Ali à Lyon
• La police arrête les enfants à l’école !
• Samir arraché à sa famille
• Lettre ouverte au préfet RESF 25
• Madie sauvée par le réseau
• Libéré par le préfet, M. Qiu est expulsé
• David et Géla à Lille
• Des familles à la rue dans l’Oise et ailleurs
• Délation, à la poste et ailleurs
• Mohamed Ikni, hospitalisé d’office
• L’enfant de Joseph naîtrat’il demi orphelin ?
• Son épouse est décédée, Basile est menacé d’expulsion !
• Le 20 octobre, tous dans la rue contre la loi Hortefeux


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Edito

LES TRIBUNAUX DE L’HISTOIRE ET DE LA GÉOGRAPHIE


Le ministre Hortefou peut être fier : sa loi destinée à empêcher des couples de vivre ensemble, des parents d’éduquer et de voir grandir leurs enfants, des enfants de vivre avec leurs parents, a été votée. C’est une grande victoire contre le sens commun et contre l’humanité dont tout le gouvernement Sarkozy doit se réjouir. D’autant que, même si elle est difficilement applicable, la disposition introduisant le test ADN comme critère de reconnaissance de la filiation a aussi été adoptée. Le ministre de la rafle et du drapeau pourra ainsi ajouter à ses titres celui de la pureté génétique garantie.

Ainsi stimulés, certains préfets et certains policiers font des prouesses : nourrisson de trois semaines placé en garde à vue puis en rétention avec ses parents dans le Loiret puis, quand le juge des libertés ordonne leur libération, tous trois abandonnés par les gendarmes en pleine rue, sans aucun secours. Époux d’une française décédée d’un cancer en août qui reçoit en septembre son avis d’expulsion. Normal, il avait un titre de séjour comme conjoint d’une française, plus de conjointe, plus de titre de séjour pour le veuf. Pratique de la « fast deportation », technique qui permet de se débarrasser du contrôle du juge et de prendre les manifestations de solidarité de court : tout est préparé secrètement, les billets d’avion AIR FRANCE réservés, le laissez-passer consulaire établi, l’escorte constituée. Le jour dit, la proie est capturée sur convocation ou à son domicile, placée quelques heures en garde à vue, transférée à l’aéroport et expulsée en moins de 24 ou 48 heures. Pas le temps de se mobiliser. Le juge de la liberté et de la détention qui doit contrôler la régularité de la procédure au bout de 48 heures est court-circuité. Beau boulot !

Le gouvernement aurait pourtant tort de croire qu’il a mis toute la société au pas. Malgré les pressions ses objectifs stakhanoviens en matière d’expulsion ne seront probablement pas atteints, peut-être parce qu’un certain nombre de policiers trouvent dégradant de passer leurs journées à traquer les sans papiers, avec ou sans enfants. Que la Préfecture de Police organise une rafle monstre pour rattraper son quota d’expulsion et l’information est mystérieusement rendue publique. Des préfets se ridiculisent en grondant les maires qui ont organisé des parrainages et les parrainages reprennent de plus belle, en forme de pied-de-nez aux préfets et au ministre. Les procès intentés aux « délinquants de la solidarité », Florimond à Marseille ou les quatre de Méru en octobre, tournent à de telles déconfitures de l’accusation que la relaxe devrait couler de source, comme celle dont a bénéficié Marie-Françoise Durupt en septembre.

Les verdicts tomberont le 21 décembre pour Florimond, le 6 décembre pour les habitants de Méru accusés de diffamation par leur Maire. Le procès de François Auguste aura lieu le 26 novembre à Lyon. On attend les jugements. Mais, d’ores et déjà un autre tribunal a commencé À rendre ses arrêts : celui de l’opinion internationale représentée par la série d’ONG qui a décerné le prix Solidar, remis solennellement à Florimond Guimard pour RESF dans les locaux du parlement européen de Bruxelles.

Mais la politique du gouvernement et ceux qui l’incarnent n’en ont pas non plus fini avec les jugements. La suspicion systématique envers l’étranger, le repli sur une identité française fantasmée, l’illusion d’un pays et d’une Europe forteresses impénétrables sont des arguments démagogiques éculés pour électeurs frileux.

Nos enfants, nos élèves sont branchés sur la planète monde, ils communiquent, écoutent, dansent, aiment sans frontières et s’indignent des exclusions et des barbelés. Au regard des générations futures, les desseins étriqués et malfaisants de l’ère Hortefou risquent, question hauteur de vue, d’évoquer plus Vichy, façon pastille que le pont d’Arcole.

On continue !
lundi 29 octobre 2007.

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