
11.11
Retour sur l’expulsion d’Ibrahim
Tristesse et très vive inquiétude
On le sait, la préfecture de Seine-et-marne, comme les autres, doit "faire du chiffre" d’ici à la fin de l’année 2007 pour atteindre le quota d’expulsions de sans-papiers fixé par le ministère de l’intérieur. Malgré la mobilisation, plusieurs heures durant, de 200 personnes à l’aéroport de Roissy et en dépit des interventions d’élus socialistes (Vincent Eblé, président du conseil général de Seine-et-marne, Nicole Bricq, sénatrice) ou communiste (Michel Billout, sénateur) auprès de la préfecture, Ibrahim Arpaci en a fait les frais. Il a été embarqué vers Istanbul sur l’avion prévu à 12H35, parti avec une demie-heure de retard. Depuis lors, aucune nouvelle de lui n’est parvenue à sa famille, réfugiée politique en France depuis des années, ou à son avocate.
Les conditions de l’expulsion
Depuis plusieurs Jours, on savait par la CIMADE - la seule association de soutien aux sans-papiers présente en permanence au centre de rétention du Mesnil-Amelot- qu’une nouvelle tentative d’embarquement pouvait avoir lieu sans préavis, après que la mobilisation citoyenne organisée par le Réseau éducation sans frontières ait fait échouer celle du vendredi 2 novembre.
Voir compte-rendu sur : http://resflagnythorigny.blogspot.com/2007/11/ibrahim-nest-pas-parti.html
En fin de semaine dernière, on apprenait qu’Ibrahim devait être présenté au tribunal de Meaux lundi 12 novembre. Ce n’était vraisemblablement qu’un leurre destiné à brouiller les pistes et à empêcher une nouvelle mobilisation à l’aéroport avant cette date.
C’est donc par un SMS d’Ibrahim lui même que la famille, l’avocate puis le comité de soutien apprenait très tôt vendredi 9 novembre que les policiers venaient chercher Ibrahim pour le mettre dans l’avion. Les réseaux de solidarité s’organisaient aussitôt pour qu’un maximum de monde soit présent à l’aéroport.
Les 200 personnes sur place s’adressaient alors aux passagers -réceptifs- du vol de 10H05, avec succès dans un premier temps puisque qu’Ibrahim n’est pas parti sur ce vol alors qu’il avait déjà été amené sur place. On apprenait plus tard qu’un passager courageux avait été débarqué, menotté, parce qu’il n’avait pas voulu laisser faire. Il faudrait retrouver ce passager pour qu’il raconte.
Malheureusement le scénario ne s’est pas reproduit pour le vol de 12H35. Vers midi un dernier contact téléphonique en catastrophe entre Ibrahim et son oncle permettait de comprendre qu’il avait été attaché et privé de son portable.
Les coups de téléphone se sont alors multipliés à l’adresse du conseiller pour la Turquie de la présidence de la république. En vain.
Vers 13H30, une délégation des manifestants s’adresse à la police de l’aéroport et obtient les dernières nouvelles D’ibrahim...
On nous apprend qu’il a été "entravé pour sa sécurité" (on l’envoie vers la prison et la guerre mais surtout il ne faut pas qu’il tombe de la passerelle à Roissy) et que "tout s’est passé dignement".
Aux questions plus précises que nous posons (a-t-il pu s’adresser à l’équipage ? ) nous d’obtiendrons aucune réponse.
Mobilisation exemplaire, chaleureuse, responsable et sensible des lycéens du L.E.P. de Thorigny-sur-Marne :
Ils n’ont pas mangé de la journée, ou presque. Dès qu’ils ont appris qu’Ibrahim était en instance d’embarquement, ils ont rappliqué à l’aéroport de Roissy et se sont adressés avec leurs profs, pour certains avec leurs parents, avec les militants RESF, aux passagers du vol pour Istanbul. L’une d’elle a même, de sa jolie voix, improvisé une chanson qui raisonnait de façon émouvante face aux forces de l’ordre. Lorsqu’un passager imbécile leur a lancé, bien à l’abri d’un cordon de CRS, "les immigrés dehors", ils ont failli perdre leur sang-froid mais se sont rapidement repris, dans la dignité et en pensant très fort à Ibrahim.
Lorsque la triste nouvelle du départ d’Ibrahim a été connue, la fatigue et la tristesse se lisaient sur tous les visages. La tristesse mais aussi la détermination pour le faire revenir. Ils n’ont pas hésité à se retouver ensuite au cabinet de l’avocate de la famille pour rédiger un communiqué de presse en forme de lettre à Nicolas Sarkozy.
Voir à l’adresse :http://www.educationsansfrontieres.org/ ?article9605
Ces enfants là, enfants français de mutiples origines, reflet de la richesse de la France d’aujourd’hui, n’oublieront pas ce qu’ils ont vu et ce qui s’est passé ce vendredi.
D’un pilote à l’autre :
Dans la mythologie grecque antique, la traversée du fleuve des enfers était confiée à Charon, exécuteur de la décision des dieux. Il existe deux catégories de pilotes à Air-France. D’abord, ceux qui refusent d’embarquer les sans-papiers et de devenir ainsi les Charon des temps modernes.
C’est ce qu’a fait le pilote du vol du 2 novembre, 10H05, qui a refusé d’embarquer Ibrahim Arpaci, lui accordant ainsi le sursis que lui refuse la justice française alors que son dossier de demande de réfugié politique est toujours en cours d’examen.
Mais hier, il s’est trouvé un pilote de deuxième catégorie sur le vol de 12h35 pour Istanbul.Un pilote qui a accepté la basse besogne, accepté d’emmener vers la prison et la guerre un étudiant de 21 ans, entravé, et dont on se demande, le connaissant, s’il n’était pas drogué afin de faciliter son embarquement. Souhaitons que les pilotes de la première catégorie fassent contagion. Sans quoi Air France pourrait bientôt mériter totalement l’appellation de "compagnie des expulsions" vers nos enfers modernes que sont les régimes autoritaires, les pays de misère et de persécutions. Bien sur, on ne peut exclure que les pilotes aient reçu des menaces de retrait de leur licence en cas de refus de décoller dans ces conditions.
Quelle police pour quel état ?
Quand on est petit et qu’on veut devenir policier, c’est souvent pour "arrêter les méchants" .
Combien de temps la police de cet état acceptera t’elle de mobiliser son énergie et son temps pour la chasse aux enfants, aux jeunes, aux familles sans-papiers, les privant ainsi de tout avenir ? _ Sont-ils entrés dans la police pour cela ?
Combien de temps les contribuables accepteront-ils que leurs impôts servent à les rémunérer et à payer les billets d’avion des expulsés ?
(un vol pour la Turquie, c’est 1000 euros)
Et maintenant, que faire ?
La famille d’Ibrahim et son avocate vont continuer à se battre pour obtenir le retour du jeune homme. Ils trouveront à leurs côtés les lycéens, parents d’élèves, enseignants, les militants RESF, et bien d’autres, militants politiques, syndicaux, associatifs ...simples citoyens révoltés...
Les conditions de l’expulsion malgré la solidité de la demande du statut de réfugié politique sont telles que différents recours juridiques sont possibles, notamment auprès de la commission consultative des droits de l’homme.
Et surtout, la mobilisation citoyenne peut faire revenir Ibrahim, comme elle a fait revenir Suzylène, lycéenne expulsée vers le Cap Vert revenue après 6 mois d’exil l’année dernière.
Catherine Jouanneau
09.11 Lettre au président de la République par les lycéens du lycée de Thorigny après l’expulsion de leur camarade Ibrahim Arpaci
09.11 Ibrahim ARPACI a été expulsé aujourd’hui 9 novembre
08.11 Thorigny : communiqué de presse des élèves, parents d’élèves et enseignants du lycée Perdonnet pour la libération d’Ibrahim ARPACI
02.11 Le commandant de bord a refusé d’embarquer Ibrahim ! Il est retourné au CRA du Mesnil Amelot
08.11 Tract qui sera distribué dans les établissements autour de celui d'Ibrahim
02.11
Ibrahim n'est pas parti aujourd'hui
Ibrahim est de retour au Mesnil Amelot
Nous étions une quarantaine ce matin à Roissy, pour informer les passagers du vol pour Istanbul. Accueil plutôt bienveillant des passagers, dont certains nous tenaient ensuite au courant par leur portable de ce qui se passait en salle d'embarquement , et /ou se
sont adressé à l'équipage. Certains passagers etaient deja informé par les listes RESF ! Lecommandant de bord (MERCI) a refusé d'embarquer Ibrahim qui est donc retourné au centre de rétention. Apres confirmation de l'information et nous nous dirigeons avec la presse vers le CRA du Mesnil pour essayer de voir Ibrahim et lui insuffler un peu de courage
De loin et au téléphone il a adressé ses remerciements à tous ceux qui se battent pour lui, pour ceux qui étaient présents ce matin et aussi pour ceux qui ont oeuvré d'une autre façon.....
"Je vous aime", a-t-il crié de derrière les grilles du centre de rétention, au milieu des gendarmes, sous un ciel gris... Son moral a l'air bon.
La famille souhaite transmettre ses remerciements les plus chaleureux également.
la bataille continue ! Ibrahim ne doit pas partir
Sa vie est en danger en Turquie ! Il y a 3 vols par jour pour Istanbul et les policiers lui ont bien fait comprendre: "on a pas eu de chance aujourd'hui mais on t'embarquera un autre jour"
Pour cela il faut continuer a solliciter les autorités
Voici les numéros de fax de la préf. du 77 :
service éloignement : 01 64 71 79 20
préfet : 01 64 37 10 35
ministère
Directeur cabinet mr Coudert
Standart 01 77 72 61 00
Fax secrétariat Hortefeux : 01 55 55 49 20
