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DNA - Strasbourg : Accueillie par les Français, rejetée par l’administration

 
Depuis six semaines, Azza Bouihane se terre dans un appartement « ami » de la région de Strasbourg, pour éviter l’interpellation par la police et la reconduite vers l’Algérie, dont elle est ressortissante. Après dix ans de vie sur le territoire français, dont quatre en couple avec son compagnon français...

« Je crois que nous avons été pris à notre propre naïveté », résume la jeune femme de 38 ans, née à Tindouf de parents sahraoui réfugiés, et elle-même de nationalité algérienne. « Avec Jean-Paul, on vivait maritalement de façon plutôt exposée, puisqu'il est gérant du bar Le Festival, à la Krutenau ». Amoureux depuis 2002, installés ensemble dans l'appartement au-dessus du bar en 2003, Azza Bouihane et Jean-Paul Fuin sont connus dans le quartier, et même appréciés.

«Son intégration dans la société française est un "modèle"»

A partir du moment où la vie commune est enclenchée, la jeune femme s'investit auprès des deux enfants de Jean-Paul quand celui-ci en a la garde, et soutient son compagnon dans sa vie professionnelle. A la Krutenau, des responsables associatifs témoignent de son engagement dans la vie de quartier où elle est connue des commerçants. La compagne de Jean-Paul Fuin noue également des relations amicales avec un communiquant de la SIG, le directeur d'un hôtel de prestige de la région...

Il faut avoir rencontré Azza Bouihane pour comprendre à quel point son intégration dans la société française est un « modèle ». Ce sont les termes employés dans une des trente attestations que comprend son dossier. « Elle est pleinement digne d'être des nôtres », lit-on encore sous la plume d'un professionnel de l'hôtellerie-restauration. De plus, l'entrée sur le territoire français, en 1997, est parfaitement légale, assortie d'une bourse d'études du gouvernement français. L'objet en était l'apprentissage de la langue de Molière, dont la jeune femme use avec subtilité et un certain humour.

Mais, lorsqu'en octobre 2006, Azza dépose une demande de renouvellement d'un titre de séjour périmé, la préfecture y répond par la négative et assortit sa décision d'une obligation de quitter le territoire français... Le préfet de région Jean-Marc Rebiere explique : « Elle n'a pu justifier de manière probante sa présence habituelle sur le territoire français entre 2000 et 2005 ni établir l'ancienneté effective de la communauté de vie avec M. Fuin ».

Deux avocats ont relevé depuis que le passeport d'Azza est vierge de tous visas depuis son entrée sur le territoire français. Pudiquement, la jeune femme indique avoir « tourné le dos à beaucoup de choses dans mon pays d'origine, en choisissant pour compagnon un homme marié (en instance de divorce, ndlr) et non musulman ». Mais le tribunal administratif de Strasbourg persiste, dans son jugement de mai dernier, à considérer qu'Azza « n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie ».

« Je suis un peu choquée par ce qu'implique cette remarque », réagit Azza. « On ne me reconnaît pas le respect de ma vie privée et familiale en France parce que je ne suis pas mariée avec mon compagnon, et on voudrait me renvoyer auprès de ma mère à l'âge de 38 ans ? ! ! On nage en pleine régression, et celà dans un pays évolué et moderne ».

Père « sans preuves »

Le couple non reconnu par le tribunal administratif de Strasbourg a conçu un enfant, Virgile, mort-né le 16 juin 2006. Là encore, le lien de filiation entre Jean-Paul Fuin et cet enfant est contesté par le préfet, parce qu'il n'y a pas eu de reconnaissance de paternité prénatale... Existent, cependant, l'attestation d'un gynécologue que Jean-Paul Fuin se rendait aux consultations en compagnie d'Azza, le père peut également fournir une facture de pompes funèbres payée par lui, et une petite tombe au cimetière nord porte les deux patronymes de Bouihane et Fuin.

La contestation de la décision du TA de Strasbourg est en audience le 19 novembre à la cour administrative d'appel de Nancy. Un conseiller général et un député socialiste strasbourgeois, un maire sans étiquette, un adjoint au maire de Strasbourg, un député honoraire UMP et un député UMP en fonction y sont allés, pour l'instant, de leur plume, en demandant la régularisation d'Azza. Le mieux qu'ils aient pu obtenir est la promesse par le ministre de l'Identité nationale Brice Hortefeux d'un « examen attentif, dans le respect des textes en vigueur ».

Les textes en vigueur demandent une enquête des services de l'Etat au cas par cas, en tenant compte des situations réelles des individus concernés. « Lors de ma première demande, fin 2006, je n'ai même pas pu faire entendre ma voix auprès de la personne qui nous a reçus », raconte Azza. « Tout ce qui l'intéressait était de savoir si nous avions les papiers et formulaires requis ; à la préfecture ils ne peuvent pas dire si je suis en capacité de parler, si je suis saine d'esprit, quelles sont mes motivations et mes atouts pour une future vie professionnelle... pourtant je ne demandais qu'à répondre à ces interrogations, donner des gages que je ne serai pas un poids pour ce pays, s'il daigne m'accueillir »... Et offrir, par là-même, la possibilité à un Français de vivre son histoire d'amour avec la femme de son choix.

MSK Édition du Sam 10 nov. 2007

samedi 10 novembre 2007.

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