Visite de Mme Mitterrand en Guyane : Réunion publique sur l'immigration

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Compte rendu

Visite de Mme Mitterrand en Guyane : Réunion publique sur l'immigration

à l'occasion de la visite d'une délégation menée par Danielle Mitterrand, à la Cité Arc-en-ciel le 22 janvier 2009.

 

Les interventions ont porté sur l’accès à l’eau et aux conditions de vie dans les bidonvilles de Guyane, le respect du droit d’asile, les arrestations et reconduites à la frontière, le respect du droit de la défense pour les étrangers en Guyane, le travail de RESF.

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Stéphane Garnier (CIMADE) remercie tout le monde d'être venu et surtout José qui a tout organisé sur ces lieux. José remercie aussi le public.

Danielle Mitterrand dit que sur le chemin de Bélèm, elle qui se revendique altermondialiste, elle est venue en Guyane pour dire aussi qu'il faut la possibilité de faire le choix d'une autre société, contre la pensée unique. Pour elle d'autres enjeux sont possibles et le Forum Social Mondial (FSM) en est la preuve. C'est un lieu de rencontres des partenaires qu'on dit humanitaires. Elle dit que ce sont des gens qui désirent vivre autrement et qui s'organise pour : une école autrement (dans le désert par exemple), l'eau potable pour tous, changer le mode de vie. Tous ont cette même idée dans le FSM depuis 2001. Aujourd'hui, il faut reconsidérer les richesses, vivre dignement donner le choix de notre société, écouter les leçons des Amérindiens. C'est un enjeu immense à ne pas prerdre de vue, car il y a une urgence : notre terre !

Un intervenant présente la situation de l'eau en Guyane : il montre une carte de l'eau en Guyane en insistant sur le Maroni et l'Oyapock où des pompes à bras existent mais où l'eau est polluée ! Une loi a autorisé les récupérations d'eau de pluie, cequi n'est pas le cas en métropole, pour parer la pollution due aux eaux polluées des fleuves. Puis il décrit la situation des bindonvilles comme la BP134 où tous n'ont pas accès à l'eau. (une personne sur deux seulement à la BP134 !). Il existe des bornes payantes avec des cartes mais très peu.

Une habitante de la BP134 témoigne pour dire qu'elle n'a pas d'eau et que les puits sont contaminés. Elle prend de l'eau chez son voisin qui peut le faire quand il est là ! Elle décrit les maladies des enfants quand ils sont obligés de consommer l'eau des puits.

Hélène Combe, Déléguée Générale à l'Observatoire de la Décision Publique revient des Assises du Développement Durable où était Aminata Traoré entre autres à Lyon. 200 personnes y participaient. Elle énonce les priorités qui se sont dégagées à cette occasion :

- l'équité plus que l'égalité pour faire plus pour ceux qui ont moins.

- les biens vitaux : eau, sol, santé sont des biens communs et doivent relever du service public.

- le changement climatique : la déforestation et l'effet de serre qui ont obligé à créer le terme "les migrants du climat" pour les gens déplacés à cause de ces effets climatiques, surtout dans les pays pauvres. Un droit des réfugiés climatiques, de Copenhague, droit international vient d'être mis en place.

Tout cela contribue à la richesse culturelle qui est le patrimoine de l'humanité.

Stéphane Garnier présente l'immigration en Guyane :

211 000 habitants, 89 000 étrangers en situation régulière, 40 000 en situation irrégulière dont 5 800 sur sites d'orpaillage. 50% des étrangers ont moins de 20 ans. Le discours étatique est celui de la reconduite à la frontière : 8 085 en 2008 contre 10 094 en 2007. Les expulsés de Guyane sont (en nombres décroissants) d'abord brésiliens et surinamiens, puis haïtiens et guyaniens, et enfin caraïbéens et latinos. Mais si on ajoute 16 000 reconduites à Mayotte et 29 000 en métropole on a 53 000 reconduites hors de France en 2008.

Le Centre de Rétention Administrative (CRA) a 38 places. Il y a un Local de Rétention à St Georges alors que ceux de St Laurent et de l'aéroport sont fermés. On parle d'industrialisation des reconduites à cause de la législation d'exception puisqu'en Guyane, s'applique un droit dérogatoire par rapport à la métropole. Par exemple, en Guyane "l'identité de toute personne peut être contrôlée" (art. 78-2 du code de procédure pénale). Donc n'importe où, n'importe quand, pour rien : dans les taxis-co, aux deux barrages permanents Est et Ouest sur la seule route de Guyane.

Après 48h dans les locaux de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), sans Juge des Libertés, un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) tombe puis c'est l'expulsion en pirogue ou en véhicule. Les « chiffres » sont donc faciles à gonfler.

Le droit à la défense est bafoué en permanence : la Commission Nationale de Déontologie de la sécurité (CNDS), a fait une saisine par voie parlementaire dont les conclusions relèvent entre autres, des manquements aux procédures. Les instructions des dossiers des étrangers sont expéditives, avec du copier/coller dans les formulaires, le procureur est même nommé ! La CIMADE rencontre des erreurs de faits : expulsion d'un français, expulsions de parents d'enfants français, expulsions de malades (en baisse depuis la visite ministérielle en Guyane !), mort suite à une rétention, enfants au CRA, etc...

Le travail des bénévoles a fait que le CRA a été rénové, le travail des associations facilité, le téléphone est disponible, la préfecture a nommé quelqu'un de la PAF dans ses bureaux pour les communications. La CIMADE va avoir un second salarié en mars. Mais le gouvernement fait tout pour enlever la CIMADE des CRA par des appels d'offre aux autres associations moins virulentes. La première offre a été rejetée mais une seconde est parue. Il faut contiuner à signer les pétitions !

Une jeune fille vient témoigner pour son beau-père, qui n'a pas eu son renouvellement de récépissé, personne ne sait pourquoi ! Il a deux enfants français.

Le Président de la Région, Antoine Karam, affirme son soutien. Il rapporte avoir participé aux Assises du Développement Durable. La Guyane amazonienne est concernée, institutionnellement française et pays du Nord danle Sud ! Il redit les apports de tous les immigrés à la Guyane et invoque sa grand-mère libanaise qui est partie parce qu'elle avait faim et son autre grand-père sainte-lucien qui avait fait pareil. Il dit que la Préfecture a un rôle ambigü : elle demande des papiers pour des étudiants qui ne peuvent passer de concours (sic). Il salue le travail des associations et dit que la mobilisation paye toujours.

Claire Trimaille, avocate bénévole à la CIMADE, aborde le droit d'asile en Guyane : il existe de nombreuses violations du droit d'asile :

  • - de la Convention de Genève : aucune enquête n'est menée en Guyane sur les dangers qu'encourent les demandeurs contraints de rentrer chez eux suite à un refus. Par ailleurs, la circulaton des demandeurs est réduite à la seule Guyane (métropole interdite).

  • - de la Constitution Française : la Préfecture est souvent sanctionnée par le Tribunal Administratif.

  • - du droit européen : les conditions minimums de 300 euros par mois, sans travail, obligent les demandeurs à vivre dans des squats sans eau ni électricité. Un demandeur peut attendre 4 ans sa réponse, et s'il veut repartir, il n'y a pas de retour volontaire en Guyane ! Un centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) est demandé mais n'existe toujours pas en Guyane.

Un demandeur d'asile colombien vient témoigner : il a attendu 2 ans et dans son squat la police intervenait pour couper l'eau même s'il y avait des enfants.

Issaka Cissé témoigne comme ancien employé de la Préfecture : il n'existe pas en Guyane d'OFPRA qui gère les demandes d'asile. C'est aux Antilles que partent les dossiers. Normalement ils ont 96h pour répondre, en fait, ils prennent 4 ans. Les demandeurs d'asile doivent demander un laisser-passer pour aller en métropole ce qui surcharge la Préfecture.

Philippe Ménard, Verts-Guyane, dit qu'ils ont fait des lettres au Préfet pour alerter sur l'eau à Javouhey où l'eau présente des traces de radioactivité qui la rend impropre à la consommation pour les enfants et les femmes enceintes. C'est un scandale que cette eau contaminée par l'orpaillage ! Il demande une création d'une Agence Régionale de l'eau.

Monseigneur Laffont dit que la cité Arc-en-Ciel est emblématique : « les blancs seront libres quand les noirs seront libres », Desmond Tutu qui a ajouté « les riches seront heureux quand tous seront heureux ». Il redit que ceux qu'on a fait venir pour construire la Guyane doivent y vivre dignement. Se battre contre ceux qui tentent de marcher sur le droit pour on ne sait quoi, est notre priorité.

Patrick, ATTAC-Guyane, demande au Consul d'Haïti ici présent des informations sur les archives haïtiennes. Le Consul répond qu'une commision a eu lieu l'an dernier pour régler ce problème et invite tous ceux qui en ont besoin à venir lui poser des questions au Consulat.

Laetitia Copin de RESF-Guyane présente le travail du réseau auprès des jeunes majeurs étrangers : l'aide à la préparation des dossiers de demande de titre de séjour, les permanences dans les établissements scolaires, la diffusion de l'information aurprès des acteurs de l'éducation, les interventions auprès de la Préfecture. Elle évoque le cas d'un élève brillant de la BP134. Le téléphone d'urgence de RESF Guyane est redonné à tous : .

Un demandeur d'asile de Côte d'Ivoire remercie la CIMADE et dit que les bénéfices des Bouygues et autres sont un frein au bien commun.

En conclusion, Danielle Mitterrand remercie tout le monde, dit qu'il y a un grand chemin devant nous. Elle qui a été résistante, avait rêvé d'un Europe des peuples et pas des économies ! La crise doit donner envie de continuer la solidarité contre ce système qui divise. En tout cas, elle redit la nécessité de ne jamais déléguer le pouvoir mais de l'investir pour une citoyenneté responsable, pour la prédominance des Peuples.


 

 

lundi 26 janvier 2009.

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