Témoignages de Abdul, Mamadou, Siabou et Weysel

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Témoignages de Abdul, Mamadou, Siabou et Weysel

 

Témoignages d’Abdul, Mamadou, Siabou et Weysel

 

Abdul, 20 ans Comorien, arrivé en France à 12 ans. Il est en terminale S au lycée Colbert, Paris 10è.

La préfecture de police a refusé, en juillet 2010, de lui donner un rendez-vous pour l'examen de sa situation.

Le 10 février 2011, il y avait une audience au TA.

Mai 2011, il est régularisé.

 

Pourquoi j’écris?

Je suis un bon vivant, je n’écris pas pour changer le monde mais pour raconter mon monde.

La première fois que j’ai écrit à l’école, personne n’a cru que ça venait vraiment de moi alors j’ai laissé tomber.

Parce que malgré mes lacunes et mon accent, je suis rentré dans une école francophone à 4 ans mais on préférait y parler notre langue maternelle plutôt que la langue officielle du colon.

On a éveillé trop tôt notre conscience politique. C’était la honte avec les camarades de s’exprimer en français or tout le monde rêvait de vivre comme les « je viens » (les franco-comoriens) et d’aller parler aux touristes aux seins nus dans les plages à qui les plus doués  fabriquaient des souvenirs artisanaux. C’est dans ce monde où cohabitent islamistes radicaux  et communistes libertins pendant que l’illettré passe sa journée à pêcher et/ou à cultiver sa terre que j’ai vu passer les 12 premières années de ma vie.   

En France, je suis dans un zoo rempli de toutes les espèces et dans lequel on a la liberté d’être à la fois l’animal et le visiteur. Mais la liberté en soi me semble illusoire alors seule la vérité m’intéresse. Cependant, la fraternité française existe réellement ; il suffit de choisir les bonnes personnes et d’être réglo. Je donc veux construire quelque chose de bien ici ou ailleurs avec mes amis et ma famille. Mentalement, vivre en France ou dans mon pays ça revient au même.

Je ne crois à aucune idéologie fixe mais j’essaie de me cultiver et me fonder des principes.

Je sais que j’ai déjà trouvé ma direction mais je n’arrive encore pas à y croire. Cette possibilité de pouvoir m’exprimer a certainement était catalysée par mes rencontres à RESF.

Je suis très insatisfait de mon expression et je ne veux pas qu’on me dise que c’est normal.

En plus je ne suis pas du genre à tout assumer car j’ignore pas mal de choses dans la vie.

Je ne rêve pas de me regarder un jour devant une glace et me dire : « enfin j’ai réussi ! ».

Pour moi, aujourd’hui, que ce soit avec ou sans papiers ; écrire, c’est vivre car c’est devenu une véritable thérapie. Mais je veux aller plus loin : je veux être un témoin de mon époque.

Je ne veux pas sauter des étapes donc je vais commencer par le dictionnaire. Je me cherche encore donc j’ai du mal à tenir un fil. Chaque jour j’apprends quelque chose de nouveau mais j’ai du mal à prendre de l’élan. En gros, je n’ai pas confiance en moi.

J’espère que je suis dans le bon chemin.

Je suis très contradictoire pour tout ce qui concerne Dieu alors je traine beaucoup.

Mais cette fois-ci, je crois que Dieu est « l’élément absolu » point barre.

J’ai passé beaucoup de temps à ne rien foutre mais je change car j’aime mon monde.

Ainsi, moi, fils d’un diplomate et petit-fils d’un grand astrologue et citoyen de la France de nulle part, je veux désormais accepter la langue de Molière avec amour car elle m’est vitale et  m’a rendu libre.

abdul


 

Mamadou, 23 ans, Ivoirien, arrivé en France à 15 ans, actuellement en bac+4 en alternance en école de commerce. Ses parents et sa fratrie sont en Cote d'Ivoire.

Il a été régularisé VPF en mars 2010.

Faire ce qu'on aime

Faire ce qu’on aime avec les personnes qui revendiquent et partagent les  mêmes valeurs que soi est une des meilleure choses qui puisse arriver à un être libre.

Je ne fais pas du théâtre parce que je suis redevable à RESF (Réseau Education Sans Frontière) mais parce que je veux me battre aux côtés des membres de ce réseau. Leur travail, tout le monde peut et devrait le faire. Je suis évidement reconnaissant de ce que RESF a fait pour moi. C’est grâce au réseau si j’ai le sourire aujourd’hui. La régularisation a été le début de la liberté pour moi. En fait, je pense que la question du statut des sans-papier ne devrait pas se poser. Les hommes et les femmes politiques sont censés faire respecter les Droits des Hommes. Pourtant, de plus en plus, ce sont les premiers à voter des lois contraires aux libertés les plus fondamentales. J’ai 22 ans, et croyais ces haines et ce racisme d’un autre monde. Mais le débat sur l’identité nationale m’a prouvé le contraire.

Beaucoup de personnes ignorent encore ce que c’est un sans-papiers. Beaucoup n’imaginent surtout pas le peu de droit dont on dispose, la montagne d’obligations auxquelles on est confronté par contre et le peu de chances que l’on a de voir un jour la situation s’améliorer ou tout du moins s’apaiser. J’ai l’impression que ces personnes ignorent également l’histoire de la France dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Peut-être certains préfèrent ils simplement faire semblant d’oublier. Au siècle dernier, c’est la France qui a fait venir tous ces immigrés. Il fallait des bras pour reconstruire le pays. Mais aujourd’hui, on ne veut plus de ces bras. Il faudrait que ces familles repartent ? Après avoir tout donné ?

Depuis deux ans, RESF organise des mobilisations chaque mois de mai pour demander aux préfectures d’accorder un rendez vous à tous les jeunes majeurs sans papier. Au moins un entretien pour étudier la situation de chacun. En mai dernier, plusieurs jeunes, dont je fais parti, ont décidé de se joindre à la mobilisation et d’organiser, avec les « vieux majeurs » des évènements pour communiquer sur notre situation.

C’est la première fois que des jeunes prennent leur destin en main et s’investissent dans un tel projet. En quelques mois, nous avons trouvé un lieu et des artistes pour organiser une grande journée de fête. Parmi les spectacles proposés, une pièce de théâtre, la nôtre. J’ai tout de suite compris que cela pouvait être un moyen de sensibilisation, de communication et de revendication très fort. Et dès les premières représentations, l’impact sur le public s’est effectivement révélé très fort et très positif.

Personnellement, depuis que je fais du théâtre, j’ai l’impression de remplir une mission. Je joue pour faire passer un message important, celui de la vie des sans-papiers. C’est parce que je sais l’importance de  notre combat que je mets tout en œuvre et que je mettrai toujours tout en œuvre pour faire avancer les choses. C’est un message d’espoir que nous portons. L’envie de redonner du courage à tous les sans-papiers. A notre arrivée en France, nous sommes pleins d’espoirs, pleins de rêves à accomplir. Le désespoir naît dès que l’on comprend que nous sommes des hors-la-loi. Au début, on ne comprend pas bien ce qui se passe. Jusqu’à ce qu’on reçoive notre premier OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Et qu’on nous dise qu’il faut faire appel de cette décision préfectorale dans un délai de 30 jours. La machine à expulser s’emballe et le sans-papiers ne comprend plus se qui se passe et pourquoi tout se déchaine. Et encore, cela risque de s’aggraver si la loi de Monsieur Besson passe.

 « C’est à cet instant précis que tout s’est éteint ». Ce passage de notre pièce de théâtre ( écrite par Insa Sane et mise en scène par Johanne Gili ) décrit parfaitement notre sentiment à la réception de cette première OQTF. C’est à cet instant précis que l’on réalise que l’on n’a pas les mêmes chances de s’en sortir que nos camarades de classe. Qu’en plus de la difficulté que rencontrent tous les jeunes de notre génération, nous, on a encore moins de chance de réussir. A partir de là, un sentiment de culpabilité, de peur et de colère nous envahit. On est renfermé sur soi, les larmes n’en finissent pas de couler à l’intérieur. Et là, on se dit que « ce n’est pas juste !!! ».  A chaque fois qu’on voit une tenue de policier ou un brassard rouge on pense tout de suite qu’on vient pour nous arrêter.

En jouant cette pièce de théâtre nous essayons également de nous libérer de ce stress quotidien qui nous tient prisonnier.

Ce qui me rassure moi, c’est que pendant ma période d’attente de régularisation, pour ne pas dire pendant ma période de sans-papiers, j’ai rencontré des personnes exceptionnelles, que ça soit au lycée ou au sein du Réseau Education Sans Frontières  et même des personnes qui sont dans la même situation que moi. Toutes ces personnes m’ont aidées à surmonter cette période de ma vie pendant laquelle je vivais dans le doute. A partir de là, on sait qu’on n’est pas seul au monde et surtout que tout le monde n’est pas contre soi.

Enfin, au delà du coté associatif, j’apprends énormément de choses sur moi, je crois même que je me surprends.  Monter sur scène, je ne m’en serai pas senti capable avant. Mais on l’a fait, tous ensemble. Et tous ensemble, on est plus grand.

Mamadou MEITE

 


 

Siabou, 21 ans, Malien, arrivé en France à 15 ans, seul. Etudes au lycée Jean Jaurès, paris 19°, où il a obtenu 2 CAP dans le secteur du bâtiment. Sans famille en France. Il travaille dans le bâtiment.

Il a été régularisé VPF en juillet 2009.

Etre sans papier est une angoisse

En France,  on en parle partout. Dans le métro, au travail, même dans les centres de loisirs. Qu’est ce que c’est ? Moi, je sais de quoi il s’agit.

Quand j’étais au Mali, j’entendais rarement ce mot. Ce n’est qu’une fois arrivé en France que je l’ai découvert. Cela a été la première chose que j’ai apprise ici.  Pourtant, je ne pouvais pas en parler.

En classe, tout le monde parle. Pas moi.

Pourquoi ? Parce que je suis sans papier. Quand je marche dans la rue, c’est la peur au ventre.  Je ne pense qu’à ça, tout le temps. Je n’ose pas en parler à mes professeurs, à mes camarades de classe, même à mes amis. 

Pourquoi ? Parce que je suis sans papier.

C’est une blessure que moi seul je peux voir.

Etre sans papiers en France, c’est être invisible. Etre dans l’ombre, dans le noir.

J’y pense toujours, parce que je suis sans papier.

Siabou

 


YIGIT Weysel, 22 ans, Kurde, en France depuis 6 ans, sans famille en France, ni en Turquie. En 2011, il est en terminale au lycée Hector Guimard, Paris 19è. Dossier en cours d'examen à la Préfecture de Police de Paris.

Il a été arrêté et mis en garde à vue le 31.11.10 Relâché le 01.12.10 suite à mobilisation du Resf.

Il a été régularisé VPF le 21.02.2011

Le jeudi 23 septembre 2010, j’ai été convoqué dans les services de la préfecture de Paris, pour un examen de situation au titre étudiant. J’ai expliqué que je ne pouvais pas accepter un titre pour lequel je n’avais pas demandé d’examen de situation. Mais on m'a imposé d'écrire une lettre dans laquelle je refusais le titre étudiant. J'ai refusé d'écrire une lettre de refus et j'ai quitté le bureau sans rien. Et depuis j'attends une réponse par courrier, la réponse sera probablement une O.Q.T.F.

J'ai maintenu la demande de titre VPF car en cas d'arrêt des études après le bac, le bénéfice du titre étudiant aurait été de très courte durée. Ce titre ne fait que déplacer le problème à plus tard.

 

Actuellement je suis en stage, je dois effectuer un stage pour valider mon année de BAC Pro « Aménagement Finition », mais sans titre de séjour, il est difficile de trouver un employeur acceptant un stagiaire hors-la-loi. Mais j’ai réussi à trouver une entreprise avec l’aide d’un ami kurde. 

 

Je suis en terminale, en juillet 2011 je ne serais plus un lycéen, je vais perdre la protection de l'école si jamais je me fais arrêter par la police. Je ne peux plus poursuivre mes études car je veux travailler un an pour subvenir à mes besoins économiques. C'est pourquoi j'ai absolument besoin d'un titre  VPF et non  d’un titre étudiant. J’ai été arrêté plusieurs fois, car je ne peux pas présenter de titre de séjour et je suis donc un hors la loi, pourtant je suis intégré, je fais du théâtre, j’ai participé à la rédaction d’articles de journaux, j’ai construit ici mon réseau d’amis et mon avenir.

 C’est pour cette raison que je demande le réexamen de ma situation au titre VPF, ce qui me permettrait de travailler après mon Bac Pro, pour préparer financièrement mes études une année plus tard, dans la vue d’une inscription en BTS filière bâtiment.

YIGIT Weysel

 

 

 

 

dimanche 14 novembre 2010.

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