ESSONNE INFO : Des lycéens menacés d'expulsion

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Des lycéens menacés d'expulsion

 


Par Rémi Nanni.

Un collectif se mobilise contre l’expulsion de 6 lycéens sous le
coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Fouad, 19 ans, lui-même menacé d’expulsion témoigne de la difficulté de vivre avec une OQTF qui lui pend au dessus de sa tête.

C’est sous une chaleur presque insoutenable que se sont réunis les
représentants des principaux syndicats touchés par la question scolaire
(FSU 91, CGT Educ’Action 91…) et RESF 91, à la maison des syndicats d’Evry. Ils étaient venus prendre position contre les OQTF
soumises à 6 lycéens de banlieue parisienne. Était également présent,
pour sensibiliser à la cause des sans-papiers scolarisés, le jeune Fouad, 19 ans, tout sourire (quoiqu’un peu mal à l’aise) malgré la menace d’une expulsion qui plane au-dessus de lui.

En effet, Fouad a lui aussi reçu une OQTF de la part de la préfecture
(qui ne se prononce pas sur leurs cas particuliers). Il a fait un
recours auprès du Tribunal Administratif de Versailles,
ce qui repousse la décision finale. En attendant, il peut se faire
expulser à n’importe quel moment, lors d’un contrôle d’identité. De
plus, comme il n’a pas de titre de séjour valide, il ne peut normalement
pas travailler, ni renouveler son inscription dans son lycée pour
l’année prochaine. Voilà la réalité de ce que Nadia N’Guyen, responsable du réseau éducation sans frontières (RESF 91), appelle « un véritable drame humain ».

 « Un immense gâchis »

 En effet, lorsqu’on observe le parcours de ces élèves, on ne peut pas s’empêcher d’y voir, selon Nadia N’Guyen, « un
immense gâchis. Pour commencer, ils sont tous arrivés peu après leurs
16 ans, mais ils sont scolarisés depuis qu’ils sont en France. Le
gâchis, c’est que l’Etat investit de l’argent pour ces jeunes, qui sont
dans des lycées. Les équipes enseignantes ont dépensé du temps, de
l’énergie afin de les former, de les élever pour qu’ils trouvent une
place dans la société. Et au final, tout ça ne sert même pas à la
France, car ces jeunes talents que nous avons formés sont expulsés.
C’est terrible, à la fois pour la personne concernée, qui ressent comme
un échec personnel en se faisant exclure du pays, mais aussi pour toute
son équipe enseignante. Certains d’entre eux sont en parcours
professionnels, le patron a lui aussi misé sur ce jeune, et il le voit
partir. »

Dans le cas de Fouad, qui est arrivé à Massy à presque 17 ans en
avril
2013, le jeune homme était d’abord venu rejoindre son grand-père (en
France depuis 1959). Il s’est immédiatement inscrit au Lycée Georges Brassens, à Villepinte pour passer un bac professionnel, puis s’est ensuite dirigé vers un CAP électricité au Lycée Léonard de Vinci de Bagneux.
En apprentissage, il nous confirme que son patron est très fier de lui,
qu’il voulait l’embaucher mais qu’il ne pouvait pas faute de papiers
valides. Son objectif était de prendre de l’expérience avec son chef
actuel, pour ensuite, au bout de 5 ans, travailler pour la RATP. Il a de plus reçu les compliments de son conseil de classe, avec « une moyenne qui oscille autour de 13 ? d’après lui.

Il a reçu une OQTF en mai 2015, justifiée par le fait qu’il n’apporte
pas la preuve que son grand-père a besoin de lui. Son titre de séjour
n’a ainsi pas été renouvelé. Tout ce qu’il avait réussi à construire
jusqu’ici est mis en danger, selon ses soutiens. Yannick Bilieck,
responsable de la CGT Educ’action 91, affirme que ces décisions de la
Préfecture d’Evry « sont
comme une sorte d’injonction contradictoire. On répète constamment que
la condition pour être accepté en France c’est de s’intégrer. Et là nous
sommes en présence de jeunes
qui font cet effort, qui travaillent, et on veut les obliger à quitter
le territoire. Le message qu’on leur envoie ici c’est clairement qu’on
ne veut pas d’eux… Même s’ils s’intègrent. »
Fouad a également
la charge de son petit frère de 15 ans, dont l’avenir est du coup lui
aussi mis en péril par la possible expulsion de son frère, à n’importe
quel moment de l’été.

Une tendance en augmentation ?

 Ce qui inquiète ces associations, c’est, d’une part, que les 6 élèves
soient expulsés pendant l’été, avant d’avoir réussi à mobiliser
l’opinion. Comme ils n’ont plus de titres de séjour valides, le moindre
contrôle peut les renvoyer dans leur pays d’origine. D’autre part, les
syndicats affirment que c’est une tendance qui va s’affirmer dans les
prochaines semaines. Pour commencer, ils avancent le chiffre de 15%
d’expulsions de ce genre supplémentaires, par rapport au gouvernement en place avant 2012. Nadia N’Guyen affirme que RESF a rencontré Bernard Cazeneuve, qui leur a annoncé que la loi sur l’immigration et le droit des étrangers allait être modifiée à partir du 1er juillet, sans prendre en compte la circulaire Valls de novembre 2012 relative à cette question.

Cette circulaire, jugée pourtant trop restrictive par le collectif
d’organisations, permettait de repousser à 16 ans l’âge limite d’arrivée
sur le territoire, pour pouvoir prétendre à un titre de séjour à 18
ans, à condition de rejoindre des parents et d’être scolarisé. Or, en
février le Conseil d’État a affirmé que cette circulaire n’était là que
pour donner une orientation, que ça n’était pas une directive. Les
préfectures peuvent donc recommencer à ne pas tenir compte de cette
circulaire, puisqu’elles ne sont pas obligées de l’appliquer. « Ce qui est ridicule, renchérit Yannick Biliec, c’est
que cette situation qui a l’air de préoccuper le gouvernement et les
préfectures, ne concerne que 400 jeunes environ en France. L’État est
parfaitement capable de les accueillir. Et de toutes façons, s’ils sont
venus, c’est pour rester, même sous le coup d’une OQTF.
Au lieu de continuer à les aider à s’intégrer, on va les obliger à
vivre dans la précarité, dans la peur quotidienne des contrôles de
police. »

Pour cette raison, ce jeudi 2 juillet à 18h, dans la salle polyvalente du lycée Gustave Eiffel à Massy, une opération « parrainage » est organisée pour soutenir Rody, Fouad, Ali et Djibril, quatre des six lycéens essonniens sans-papiers. Deux y sont actuellement
scolarisés. Cette cérémonie se déroule en présence du conseiller
départemental Jérôme Guedj et de la Vice-présidente de la Région Hella Kribi-Romdhane. En attendant, les jeunes qui ont déposé un recours contre leur OQTF
vivent dans la précarité, souvent le plus discrètement possible. Ce
genre de dossier, selon les militants, met à peu près un an à être
traité par le Tribunal Administratif de Versailles.

Remi Nanni


vendredi 10 juillet 2015.

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