(blog RESF) : Intégration de la famille Mamoï : le combat continue au royaume de l'absurdité par Martin Galmiche (RESF Lyon)

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(blog RESF) : Intégration de la famille Mamoï: le combat continue au royaume de l'absurdité
par Martin Galmiche (RESF Lyon)

 

Régularisée après des années de combat, cette famille lyonnaise continue de voir se dresser devant elle des obstacles de l’absurde administratif...

Alors que Nane et Amo Mamoï, après sept ans de combat pour leur titre de séjour, sont sur le point de trouver un emploi à Lyon, et que leurs enfants se préparent à la rentrée dans leur collège de secteur, la famille est menacée d’être à nouveau déplacée pour être envoyée dans un hôtel Formule 1 à Meyzieu ou Villefranche-sur-Saône. Nous comptons sur la préfecture pour éviter cette situation absurde.


Ceux qui côtoient sur le terrain les personnes issues de l’immigration récente entrevoient déjà ce que signifie réellement le discours présidentiel à l’échelle des préfectures. Influencée par les formulations de nos dirigeants, l’opinion publique réduit volontiers la question de la politique migratoire à une urgence, une crise nouvelle, une vague, un tsunami à contenir. Il y a urgence, bien sûr, pour des millions de personnes dans le monde. Cette urgence n’est pas nouvelle. Mais tant que le problème sera abordé sous un angle policier et répressif, il sera surtout urgent d’interroger le système dans son ensemble et de comprendre que l’accueil et l’intégration des migrants représentent un intérêt pour tous. En réalité, ceux qui connaissent le terrain ont tous les jours sous les yeux les preuves flagrantes de l’incohérence du discours officiel et de ses contradictions.


Le parcours de la famille Mamoï, originaire d’Azerbaïdjan, en est un exemple parmi d’autres. Il a fait l’objet de plusieurs articles sur ce blog ces dernières années. Le dernier en date (avril 2016) faisait état du titre de séjour que Nane et Amo Mamoï ont obtenu, avec droit de travail, après six ans d’un combat rocambolesque. La famille était inexpulsable, depuis le début. Ces six années étaient donc un sas temporel inutile et violent, ne générant que souffrance et représentant un gâchis financier pour tout le monde puisqu’il eût été bien plus intelligent et économe de permettre rapidement à la famille de s’assumer plutôt que de payer son loyer sans aucune vision en matière d’intégration. Depuis, Amo a passé son permis de cariste, Nane a travaillé d’arrache-pied pour obtenir un CAP de coiffure. Les enfants continuent leur scolarité au collège et se préparent à la rentrée 2017 dans leur collège de secteur. Nane et Amo sont en pleine recherche d’emploi et veulent construire une vie professionnelle. 


Suite à un jugement en référé, la préfecture loge la famille en appartement depuis plusieurs années. Mais alors que Nane et Amo sont sur le point de trouver un emploi en région lyonnaise, ils sont sur la liste de ceux qui doivent quitter leur logement fin août pour un hôtel Formule 1 à Meyzieu ou Villefranche-sur-Saône. Ils seraient déracinés du réseau social qu’ils ont réussi à construire, et leurs deux enfants ne pourraient pas être présents à la rentrée dans leur collège de secteur. Sans compter le retour à la « vie-camping », à quatre dans des chambres d’hôtel sans cuisine. 


Mais surtout, la préfecture paye un loyer pendant des années, et tout s’effondre quelques mois seulement avant que la famille ne puisse s’intégrer. Comment l’autorité peut-elle utiliser des arguments d’ordre économique pour justifier sa politique migratoire, pendant que concrètement elle se rend coupable d’autant d’incohérence et de gâchis ? 


Question : la famille Mamoï est-elle réfugiée politique ou économique ? Les deux, ou ni l’un ni l’autre, cette catégorisation est absurde : car, d’une part, l’horreur qu’elle fuit est autant économique que politique, et, d’autre part, pour vivre ailleurs que dans l’horreur elle compte autant sur notre politique que sur notre économie. Et, mieux encore, notre politique et notre économie comptent toutes les deux sur elle. 


La situation de la famille Mamoï, au-delà de sa propre absurdité, témoigne de l’absurdité du système lui-même, et laisse entrevoir la souffrance de milliers de personnes, celles dont on parle et celles dont on ne parle pas. Car si, comme nous l’espérons, la préfecture prend les décisions qui s’imposent pour permettre à la famille Mamoï de s’intégrer, tant de familles subissent la dureté du système sans le soutien des associations. Pendant que des militants sont traduits en justice pour avoir aidé des migrants, les autorités construisent une machine à précarité. Elles ont faux sur toute la ligne : de l’accueil à l’intégration, elles ne savent pas agir avec intelligence, efficacité, bon sens économique et humanité. Cette machine à précarité organise un enfer interminable, au mépris des associations et des citoyens qui connaissent le terrain, et sont montrés du doigt quand ils le connaissent un peu trop bien.


                Martin Galmiche (RESF Lyon), 8 août 2017

mardi 8 août 2017.

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