Le coup de gueule d'un député LREM : "Sur l'immigration, on légifère comme des bœufs"

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Le coup de gueule d'un député LREM : "Sur l'immigration, on légifère comme des bœufs"

 

Le "malaise" est patent et la fracture se dessine dans les rangs de La République en Marche. En annonçant un durcissement de la politique migratoire, l’exécutif et le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb se sont attiré les critiques de leurs propres députés.

Il y a d’abord la circulaire du 12 décembre, autorisant les préfectures à recenser les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence. Le texte, dont les dispositions sont jugées "illégales" par le Défenseur des Droits Jacques Toubon, fait bondir les associations. Et il y a aussi les premiers éléments sortis dans la presse du projet de loi "immigration", attendu sur la table du conseil des ministres en avril, et dont l’objectif affiché est d’expulser davantage de migrants déboutés du droit d’asile.

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Marqué par les récits d’hommes qui tentent d’entrer en France via le col de l’Echelle, Joël Giraud, député LREM des Hautes-Alpes (encarté au PRG), appelle Emmanuel Macron et Gérard Collomb à s’inspirer en la matière du "pragmatisme allemand" et à "assouplir le texte".

Une circulaire prévoyant de recenser les migrants
dans des centres d’hébergement d’urgence soulève l’indignation des associations. Et le futur projet de loi sur l’immigration inquiète jusque dans les rangs de La République en Marche. Partagez-vous le constat d’un durcissement de la politique migratoire ? 

Je constate qu’on est dans un système où il y a un manque de dialogue entre l’Etat, la justice, et les associations. Et à travers ce projet de loi annoncé plus dur, ce dialogue ne s’améliore pas. J’en vois les dégâts tous les jours à la frontière italienne avec des mises en danger très nettes de personnes qui tentent de passer. On en a retrouvé
certains avec les extrémités gelées. Je n’ai pas envie de voir des gens
mourir sur mon territoire parce qu’ils sont poussés ici par la guerre,
là par la misère ou autre chose. 

Au-delà, c’est une faillite complète de l’Europe et des coopérations
bilatérales. Je vois qu’il y a zéro dialogue avec les autorités
italiennes. Zéro. On renvoie des gens à 1.000 mètres du poste-frontière sur le territoire italien. Je vois des gamins, dont je ne sais pas s’ils sont mineurs ou non et je m’en fous, qui ont entre 15 et 20 ans, et qui sont entassés dans des alvéoles de tunnels routiers pour avoir moins froid. Les autorités italiennes sont tragiquement absentes mais on ne les sollicite pas non plus, ce qui est assez sidérant. Sur le plan humanitaire, je suis assez révolté. On donne en plus l’impression que le réseau associatif est composé de dangereux gauchistes qui mettent en danger la sécurité de l’Etat. Il y a peut-être des gens comme ça. Mais il y a surtout 90% des gens qui ont la même réaction humanitaire que moi. 


Au début de l’année, le candidat Macron avait salué le courage politique de la chancelière allemande Angela Merkel qui avait autorisé l’accueil d’un peu plus d’un million de migrants en 2015. Vous attendiez-vous à cette politique ?

En entendant Emmanuel Macron, je m’étais dit qu’on allait enfin
changer le regard qu’on pose sur les migrants. Aujourd’hui, je suis dans une incompréhension totale. J’ai envie d’aider le président à appliquer son discours.

Je sais bien que l’Allemagne et la France sont des pays différents.
Le marasme économique en termes de salariés était tel que l’Allemagne avait un intérêt économique à accueillir des migrants. Mais très honnêtement, j’ai le sentiment qu’Angela Merkel a plus fait ça parce que la fille de pasteur qu’elle est n’a pas supporté de voir des gosses morts dans une camionnette à la frontière autrichienne que par calcul.
Le calcul est venu après, le patronat allemand est ce qu’il est.
J’aimerais qu’on en revienne au discours prononcé par Emmanuel Macron sur le territoire allemand. J’aimerais l’aider à le concrétiser d’une manière ou d’une autre.

Comment le concrétiser ? D’après ce qu’on sait, le gouvernement envisagerait de porter la durée de rétention de 45 à 90 jours. Est-ce acceptable ? Vous pourriez voter un texte comme ça ?

Si c’est simplement ça, j’irai plutôt faire pipi. Là très honnêtement, il faut qu’on assouplisse les choses. D’une certaine manière, je peux comprendre la distinction réfugiés-migrants économiques. Mais après, on a fait un distinguo entre des Soudanais qui viennent d’une région où il y a la guerre et des Soudanais qui vivent à 100 kilomètres de là. Je suis désolé : si à 100 kilomètres de distance, on massacre ma famille, j’attends pas qu’ils arrivent, je me barre.
C’est pour ça que ce type de catégorisation peut être dangereux. Cela
peut conduire à ne pas admettre des gens en situation grave. 

Votre point de vue est-il partagé par vos collègues de La République en Marche ? 

Je vois beaucoup de gens sur la même ligne que moi. Je viens
d’envoyer une lettre à mon préfet à propos d’un homme qui s’est fait
débouter du droit d’asile. Ce type est médecin, francophone, il a envie
de rester et je pense que ce serait utile de l’avoir chez nous. 

L’Allemagne a donné un programme de formation complet à des centaines de milliers de migrants. Chez nous, compte tenu du nombre, on peut faire du cas par cas. Dans ce cas par cas, même si c’est un peu monstrueux de le dire comme ça, on devrait se demander s’ils peuvent être utiles à la société, s’ils peuvent occuper des métiers avec leur formation initiale ou une formation complémentaire. On s’en trouverait un peu grandi, et on n’aurait pas forcément, ce que craint tout le monde, un appel d’air, avec des flux migratoires massifs. Les gens qui risquent leur vie, qui risquent de se faire amputer en passant n’importe où et n’importe comment, ils ont vraiment décidé de foutre le camp.
Vous ne faites pas ça avec la seule volonté d’aller chercher un job dans le pays d’à côté. 

Là, je suis hyper mal à l’aise. Les migrants sont considérés comme
des invisibles qui ne doivent pas exister. Et ça, ça n’est pas possible.
Les phénomènes d’immigration ont été bénéfiques à ce pays. Je ne vois pas pourquoi on en a aussi peur. Sur ce plan, la France est un des pays qui s’est le plus enrichi grâce à l’immigration.

Emmanuel Macron et Gérard Collomb cèdent-ils aux peurs de l’opinion ? 

La décision politique en la matière est largement marquée par ce
qu’on pense être le sentiment majoritaire des Français. Ce n’est pas
avec ces considérations qu’on aurait aboli la peine de mort. 

Gérard Collomb assure vouloir expulser davantage les
"migrants économiques" pour mieux accueillir les "réfugiés politiques".
Quel équilibre allez-vous défendre ?

En termes de volumes, il y a des niveaux migratoires qui sont
absorbables et même souhaitables pour la société française. Et ce
distinguo migrants économiques-migrants fuyant les pays en guerre ne me semble pas le plus pertinent. Je continue à croire qu’un examen au cas par cas permettrait de voir si des gens ont envie tout simplement de participer à l’élaboration de la société française.

En France, on a l’art de vouloir écrire des lois sur l’immigration.
Je vous signale qu’en Allemagne, il n’y a pas autant de lois sur le
sujet. Nous, on légifère comme des bœufs ; eux, ils sont plutôt sur une approche pragmatique. Etait-il nécessaire d’avoir un texte de plus ? Je ne sais pas si légiférer est en soi un plus pour la société française.
Cela n’aboutira qu’à mettre au jour encore plus de fractures.

Propos recueillis par Rémy Dodet


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dimanche 24 décembre 2017.

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