(blog RESF) : NOUS PLEURONS NOTRE FILLEUL KANTRA par RESF Gard (30)

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(blog RESF) : NOUS PLEURONS NOTRE FILLEUL KANTRA
par RESF Gard (30)

 

Kantra avait 18 ans. Il était venu du Mali pour se bâtir un avenir. Il était en situation de réussir, vraiment et s’était créé des liens, des vrais. La politique du gouvernement a ruiné cet avenir. Kantra s’est jeté sous un train. Derrière les grands discours d’Emmanuel Macron, les réalités parfois tragiques qu’engendrent ses décisions.


Nous avons appris son décès le lendemain de Noël. C’est sa marraine
qui a envoyé un message pour dire que Kantra allait lui manquer depuis sa mort. 


Il s’est jeté sous un train en région parisienne. Beaucoup
d’entre-nous ont découvert le visage de ce filleul et les larges
sourires des enfants de sa famille d’adoption nîmoise, sur la photo qui
accompagnait cette information dramatique, confirmée cet après-midi. 


"C’est comme si on avait tué l’un de mes gosses" disait un sympathisant proche de notre association. 


En mettant en place le projet de parrainage des mineurs
non-accompagnés du Gard, nous nous attendions à vivre des moments compliqués, douloureux ou de déchirement. Mais nous n’imaginions pas le suicide de l’un d’entre-eux. Comment ne pas être affecté par la douleur de la famille qui a parrainé Kantra pendant plusieurs mois ? On pense immédiatement à la suite : trouver le moyen et les mots pour prévenir sa famille restée au pays. Que dire à cette mère malienne qui a déjà pleuré le départ de son enfant pour lui donner une chance de s’épanouir et de


kantra-2


grandir dans de meilleures conditions que celles offertes dans son
pays ? La réalité se rappelle à nous : les autres jeunes qui le
connaissaient sont bouleversés et traumatisés. C’est une nouvelle
épreuve morale que ces ados subissent après avoir erré dans plusieurs
pays et connu les pires horreurs que l’on voudrait épargner à tout
enfant. Les copains de Kantra sont certainement apeurés par un destin
auquel tous veulent échapper : celui de se retrouver, à l’aube de leur
majorité, sans papier, SDF et sans avenir dans un pays qui peine à leur faire une place.


Ces jeunes mineurs non-accompagnés sont une chance pour notre pays.


La richesse de leur expérience, leur résilience et leur humanité sont
des atouts pour notre société. Nous devons nous donner les moyens de leur offrir un accueil digne de celui que nous voulons pour nos propres enfants. On est loin du compte. 


Après notre stupéfaction, nos larmes et notre tristesse, c’est la
colère qui prend le dessus. La colère d’une actualité qui continue un
peu plus à stigmatiser les étrangers, même les enfants loin de toute
famille. Une actualité qui nous informe des méthodes mises en place pourse débarrasser d’une population qui nous appelle à l’aide. 


Nous ne nous résignerons pas. 


Tests osseux pour prouver l’âge, enquêtes zélées pour authentifier
les certificats de naissance... nous refusons les méthodes lâches des pouvoirs publics qui font tout pour empêcher d’insérer ces jeunes dans notre société.


En ralentissant les autorisations administratives pour des raisons
fallacieuses, les autorités publiques se rendent coupables de créer les
conditions à l’origine de drames humains. Sans ces autorisations et
malgré l’énergie déployée par ces jeunes et leur entourage, aucune
solution d’intégration n’est possible par le travail, l’apprentissage ou
la formation... Ceci réduit d’autant la possibilité pour ces jeunes
d’obtenir une carte de séjour à leur majorité. Pour beaucoup d’entre-eux dans cette situation, c’est la clandestinité qui les attend. 


C’est ce parcours qui a amené Kantra à rejoindre Paris. 


Il n’est pas possible qu’il y ait d’autres Kantra. Nous demandons à
ce que tous les jeunes mineurs non-accompagnés disposent de l’accès à l’éducation et à l’insertion que la loi est sensée permettre. 


Ces enfants sont les nôtres, c’est ça aussi la Fraternité. 


 
L’association Ados Sans Frontière.


 


 


 LE TEMOIGNAGE DE SOLENE BOURGOIN, MARRAINE DE KANTRA


Je suis la marraine de Kantra Doucouré, qui s’est jeté sous un train
la semaine dernière en région parisienne. Il avait eu 18 ans le 14
novembre.


J’avais fait la connaissance de Kantra au printemps dernier. Kantra
avait quitté le Mali à 15 ans et était arrivé (via l’Algérie, la Lybie
puis l’Italie) à Nimes en février 2016. Il avait trouvé sa place dans
notre famille, nous avait accompagné en vacances cet été, était de
toutes nos activités... En octobre dernier il avait été admis pour faire
un CAP Cuisine "à condition de trouver un patron". Après un stage de deux semaines dans un restaurant, il lui avait été proposé un contrat pour 2 ans. Au sein d’une chouette équipe, avec une patronne vraiment bienveillante. Kantra était tellement heureux... Après tous ces mois de galère, enfin l’espoir. 


kantra-et-enfants-2


Une semaine avant ses 18 ans, l’assistante sociale lui a annoncé que
son contrat ne pouvait être signé, car pour prétendre à un titre de
séjour, la préfecture exigeait 6 mois de scolarisation/professionnalisation avant les 18 ans. Pourquoi ne nous
avait-on pas informé de cela plus tôt ???


On a insisté, insisté... jusqu’à ses 18 ans... Mais rien à faire.
Kantra était effondré. Il disait qu’il était "maudit", que tout le monde
était contre lui. Lui si gentil, attentif aux autres, volontaire,
intelligent...


Le jour de ses 18 ans, il a développé des éléments de délire
paranoïaque. Pensant que son téléphone était sur écoute, qu’on voulait le renvoyer au Mali, et même l’empoisonner... Il tremblait, bégayait...
Un médecin l’a vu, a proposé une hospitalisation en psychiatrie, que
Kantra a refusé. Le 24 novembre, il a été mis à la porte du foyer.
Orienté vers les foyers d’hébergement d’urgence. Je lui ai dit de sonner à la maison s’il était à la rue. Je ne l’ai plus revu. Il ne répondait pas à mes messages. 


Son oncle qui l’a hébergé ces 2 dernières semaines à Paris a évoqué
les éléments paranoïaques qui persistaient. A partir du jour de ses 18
ans, ça n’a plus été le même. Mes enfants qui l’adoraient ne
comprenaient pas ("Maman pourquoi il est devenu fou ?").


Si ce contrat avait été signé, on n’en serait pas là aujourd’hui...


Si ce témoignage peut servir pour l’avenir de ces jeunes, qui ont vécu tellement de traumatismes...


Avec mille pensées pour sa maman.


 
Solène Bourgouin

samedi 30 décembre 2017.

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