Pour SALIF, le pain, c'est la vie

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Campagne de témoignages "QUE SONT-ILS DEVENUS ?"

Pour SALIF, le pain, c’est la vie

 

Mon pays est en guerre. Quand l’armée française est intervenue au Mali en 2013, je n’avais pas 15 ans. Après l’Opération Serval qui devait mettre fin à l’occupation djihadiste, ce sont les militaires de l’ONU qui sont arrivés et les Français ont engagé l’Opération Barkhane pour traquer les djihadistes dans tout le Sahel et en particulier dans mon pays. Au Mali, il y a plus de 13 000 soldats étrangers.



Beaucoup de mes amis sont partis vers la Libye, pour venir en Italie. Moi aussi, j’ai pris la décision de venir parce que mon père est décédé. Ma mère, elle a pris 700 000 francs CFA (environ 1 000 euros) et elle me les a donnés. Avec ça, j’ai pris la route.


 


Lorsque je suis arrivé en Italie, c’est la Croix-Rouge qui s’occupe des gens qui arrivent. Ils te demandent si tu restes ou si tu passes. Moi j’ai dit que je voulais aller en France. Au Mali, j’ai appris un petit peu de français et rien du tout en italien. Et puis aussi parce que ce sont les Français qui nous ont colonisés, alors on connaît un peu des choses sur la France. C’est pour ça que j’ai décidé de venir en France.


 


L’ASE (Aide sociale à l’enfance) s’est occupé de moi jusqu’à mes 18 ans. Là, ils m’ont donné un « contrat de jeune majeur » de 3 mois. Si je ne trouvais pas de patron d’ici 3 mois pour faire un apprentissage, je devais signer un papier et retourner au pays.


J’avais trois choix : soudeur métallique, cuisinier ou boulanger. J’ai recherché cuisinier, mais je n’ai pas trouvé.
Soudeur métallique je n’ai même pas cherché.


Et puis surtout, j’aime bien le pain. J’aime le pain depuis le pays. Parce que le mois du Ramadan, c’est mon grand-père, c’est mon père qui faisait le pain que je servais aux voisins le soir pour la rupture
du jeûne. Quand je suis venu ici je voulais continuer ce métier.


Heureusement, pendant que j’étais à l’ASE, mon éducateur avait pris rendez-vous avec la Croix-Rouge et tous les samedis, si on ne faisait rien, on venait faire du bénévolat. Alors, quand je me suis retrouvé
à la rue, avec l’aide de la Croix-Rouge et du RESF, on a trouvé un patron, j’ai eu un accompagnement scolaire pour mes devoirs du CFA, j’ai été hébergé et j’ai obtenu un titre de séjour « étudiant ».


Je vais passer mon diplôme en juin. Je ne pense pas faire une troisième année parce que je veux travailler pour gagner assez
d’argent pour payer ma chambre. Pour cela, il me faut un CDI. Je vais discuter avec mon patron et il va me comprendre. Je vais travailler comme boulanger, continuer à apprendre et passer l’examen de pâtissier en candidat libre.


Maintenant, ma vie, elle est ici.

jeudi 5 avril 2018.

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