Maltraitance des MIE : Témoignages d'Abdoulaye et d'Ali (Marseille)

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Campagne Droits de l’Enfant. Témoignages sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE)

Maltraitance des MIE : Témoignages d'Abdoulaye et d'Ali (Marseille)

 

A l’occasion de la journée internationale des Droits de l’enfant le 20 novembre, le collectif Justice pour les jeunes isolés étrangers (Jujie) lance une campagne de sensibilisation et de mobilisation aux côtés de ceux qu’on appelle Mineurs Isolés Etrangers (Mineurs Non Accompagnés selon la terminologie officielle) : un témoignage chaque jour sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE).
Le Resf est partenaire de cette action.

Lire tous les témoignages de la campagne du 25 octobre au 20 novembre 2018


La vie rendue chaotique des MIE (Mineurs Isolés Etrangers). Là où la protection de l’enfance devrait être la règle, une politique stupide et malfaisante impose la maltraitance.



Les témoignages directs des jeunes étrangers isolés contiennent
parfois des approximations ou des erreurs, en particulier sur les
institutions et les procédures auxquelles ils ont affaire. Des erreurs
qui révèlent leur désarroi devant un monde qu’ils découvrent et qui les ballotte d’un service à l’autre, d’un rendez-vous à une évaluation ou une audience sans leur permettre de comprendre qui est qui et quels sont les enjeux. Ils témoignent de ce qu’ils vivent. Il faut les entendre.



 


Témoignage d’Abdoulaye. Juillet 2018


 Je viens du Mali, à Gao. Je suis arrivé en France le 21 mars 2018 à
Briançon, par l’Italie et le col de l’Echelle et on est arrivé à Gap. On
nous a envoyés au Conseil Départemental de Gap, dans un foyer et après un mois, j’ai vu un juge qui m’a donné l’OPP[1], mais dans les Bouches-du-Rhône.


Un éducateur m’a reçu à la gare St-Charles, et il m’a amené à
l’hôtel, il m’a donné des tickets pour manger et il m’a dit que je reste
ici pour quelques jours avant d’aller à l’ADDAP13[2] pour avoir un foyer.


Là, ils m’ont donné mon OPP et ils m’ont dit d’attendre, qu’il n’y a
pas de place. Au bout d’une semaine, ils m’ont mis dehors de l’hôtel et je suis retourné voir l’ADDAP et ils ont dit pas de place pour l’hôtel et m’ont envoyé au commissariat de Noailles, à 21h, et là, pas de place non plus.


On était à peu près vingt personnes, on a attendu jusqu’à minuit et
là, pas de place et pas de solution. Ils nous ont dit de quitter le lieu
devant le commissariat, mais nous, on est restés, ils ont dit que si on
sort pas dans dix minutes… Ils ont sorti les matraques, et des gaz, ils
nous ont poussés, ils en ont frappé, ils ont dit que c’est pas la
Police qui doit s’occuper de nous, c’est le Département, mais c’est le
Département qui nous a envoyé là. On s’est dispersés, à côté de la
Mairie, d’autres à la gare. 


Le matin j’ai appelé les éducateurs de Gap, j’ai tout raconté et ils
m’ont dit d’aller à la rue St-Sébastien, au Département. On nous a fait
attendre une heure en bas, après, on nous a dit que malheureusement il n’y a pas de place. On a dit que la Police nous avait dit d’aller
là-bas, et on nous envoie d’un côté et l’autre. Mme S. a dit « je ne
sais pas quoi faire », j’ai dit que je lui passe mon éducateur de Gap
mais elle n’a pas voulu lui parler. On est restés jusqu’au soir et la
Police nous a chassés, avec des renforts. Et on est restés encore une
semaine à la gare. Après le lundi suivant, on est retournés à la rue
St-Sébastien.


Ils nous ont pris nos noms et numéros de téléphone pour nous prévenir si il y avait des places dans les hôtels, on a refusé de partir, Mme S.a dit de partir, qu’elle ne pouvait rien faire. Ce jour-là, on est
restés jusqu’à 17h et ils ont appelé la Police en civil, on a expliqué
notre situation, et la Police a dit « pas d’hôtel et pas de ticket de
nourriture ». On a dit qu’on était là depuis une semaine et deux jours
et on a demandé à la Police de nous renvoyer à Gap, ou ailleurs selon
d’où on venait, car on est fatigués, la pluie, la rue et la faim. La
Police a dit qu’ils n’avaient pas de tickets de train et qu’il y a la
grève à la SNCF, qu’on devait rester ici. On est repartis encore comme ça, pour dormir dans la rue.


Après, ils ont renouvelé l’hôtel, on a pu se reposer. On est resté
deux semaines et ils nous ont sortis le 23 pour nous remettre à la rue,
on est retournés au département, mais ils avaient déménagé, à Arenc, on a cherché et on a trouvé. Un monsieur nous a dit d’aller au bateau bleu de St-Just, il nous a donné des tickets pour y aller. Le gardien a
appelé les responsables et ont est restés à la porte.


Une dame est venue, on a expliqué et elle a dit qu’elle appelait Mme 
S. et qu’elle allait appeler les journalistes. Ils nous ont donné à
manger et nous ont emmenés avec 4 voitures pour nous mettre à l’hôtel, parce qu’ils ne voulaient pas que les journalistes viennent. On nous a dispersés dans des hôtels, pour 7 jours. Et maintenant, on attend.


 


Témoignage d’Ali. Juillet 2018


 J’étais à Gap, dans un foyer et je suivais des cours de bénévole. Le
Conseil Départemental et le juge m’ont donné l’OPP et ils ont dit que
j’aille à Marseille.


Quand je suis arrivé le 15 mars 2018, un monsieur de la DIMEF[3]
est venu me chercher à la gare, il m’a envoyé à l’hôtel où j’ai dormi
une nuit et on m’a envoyé à l’ADDAP13. Ils ont photocopié mon OPP et m’ont dit qu’il n’y a pas de place en foyer. Je suis parti à la gare et ensuite à 21h au commissariat de Noailles. Depuis ce jour, je dors deux nuits à l’hôtel puis deux nuits dehors. Une nuit à la gare, j’étais dans un taxiphone et des gens ont pissé sur moi. Je suis retourné à l’ADDAP et j’ai aussi dormi à l’abri à l’université en grève, hébergé par les étudiants et étudiantes.


Dans mon OPP, il est dit que je dois être dans un foyer et là, ce
n’est pas ça. Je n’ai pas de savon, pas de brosse à dents, par d’argent,
pas de ticket de bus, pas d’habits, pas de chaussures. Toute la
journée, on attend à la gare St-Charles, on fait rien, on n’a pas de
nouvelles de nos parents, je me sens seul et abandonné. Quand je vais
parler à l’ADDAP et à la DIMEF, ils n’ont pas le temps de m’écouter.


Quand j’étais à Gap, la juge m’avait dit que je devais suivre une
formation pour pouvoir rester en France, je veux étudier, apprendre un métier, pour ne pas être renvoyé dans mon pays. Ma famille est dispersée et je suis seul à Abidjan, dans la misère, dans le bidonville de « Gros Tron ». Et j’arrive à Marseille, je ne vais pas à l’école, je n’ai personne pour m’éduquer et je veux avoir un avenir en sécurité en France, ma maman et mon petit frère, je ne sais pas où ils sont, je suis seul. Je voudrais avoir une vie normale.


 


[1] OPP : ordonnance de placement provisoire prise par le juge des enfants


[2] ADDAP13 : Association départementale chargée notamment du service des Mineurs non accompagnés dans les Bouches du Rhône


[3] DIMEF : Direction des Maisons de l’Enfance et de la Famille (13) a pour mission d’accueillir toute l’année (24h/24h et 365 jours par an) eten urgence, tous les mineurs confiés au département


 

vendredi 26 octobre 2018.

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