Trois mois de prison ferme : Ali, mineur isolé maltraité

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Campagne Droits de l’Enfant. Témoignages sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE)

Trois mois de prison ferme : Ali, mineur isolé maltraité

 

A l’occasion de la journée internationale des Droits de l’enfant le 20 novembre, le collectif Justice pour les jeunes isolés étrangers (Jujie) lance une campagne de sensibilisation et de mobilisation aux côtés de ceux qu’on appelle Mineurs Isolés Etrangers (Mineurs Non Accompagnés selon la terminologie officielle) : un témoignage chaque jour sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE).
Le Resf est partenaire de cette action.

Lire tous les témoignages de la campagne du 25 octobre au 20 novembre 2018


Ali, mineur isolé étranger, pris en charge par l’ASE de l’Hérault et scolarisé est emprisonné 3 mois suite à des tests d’âge osseux. Sa minorité est maintenant prouvée. Etranger, mineur, innocent de ce dont on l’accuse, emprisonné 3 mois ! Les Droits de l’Enfant selon Macron ?


 


Ali a bien voulu me raconter sa vie.


Je suis né le 15 novembre 1999 à Divo en Coté d’ivoire. Mes parents
étaient très pauvres et mon père est tombé malade. A 10 ans j’ai
commencé à travailler en cirant les chaussures, transportant divers
objets ou ramassant des noix de coco. Je n’ai jamais pu aller à l’école.
 En avril 2015, la situation devenait trop difficile, je décide de
partir sans prévenir personne.


Je suis d’abord allé au Niger, puis j’ai traversé le désert pendant
10 jours. En Lybie, j’ai même été emprisonné 3 jours dans des conditions épouvantables mais j’ai pu m’enfuir. J’ai eu très très peur lors de la traversée pour rejoindre la Sicile. C’est encore un véritable
traumatisme.


La police italienne m’a ensuite emmené à Milan ou je suis resté 15
jours dans un foyer. Mais je voulais aller en France. Je suis arrivé à
Nice où j’ai dormi 3 jours dehors et un passant m’a payé un billet de
train pour Montpellier. J’y suis arrivé le 13 mai et je suis allé au
commissariat et ensuite j’ai été prise en charge par l’aide sociale à
l’enfance


En octobre 2016 j’ai été scolarisé en seconde pro à Léonard de Vinci
ou j’ai bien appris le français. En septembre 2017 je suis entré en CAP Menuiserie Aluminium Verre, ça marchait très bien.


Un jour, à la demande du procureur, on m’a envoyé passer un test
osseux, puis on ne m’a rien dit. Alors que j’étais en stage en
entreprise, mon éducateur m’a dit que j’étais convoqué à la police. Le
30 novembre au matin, je m’y suis rendu, mis en garde à vue immédiate, je me suis retrouvé au tribunal en comparution immédiate. On m’a accusé d’avoir de faux papier et à cette époque-là, le Conseil Général se portait partie civile et il voulait que je lui rembourse 92 968 euros pour la prise en charge. J’ai été condamné à 3 mois de prison ferme et à 3 ans d’interdiction du territoire français. Arrivé à la prison, quand on m’a mis dans la cellule, j’ai pleuré, je ne comprenais rien.


A la sortie on m’a envoyé au centre de rétention. J’ai été libéré par
la cour d’appel parce que le recours contre mon jugement que j’avais
demandé en prison n’avait pas été fait.


Ensuite je suis allé voir RESF et ils mont aidé pour reprendre
l’école et m’ont hébergé. J’ai pu aussi faire venir un passeport et le
faire authentifier par le consulat. J’ai ainsi pu valider mon CAP et
maintenant je suis interne en terminale pro en Menuiserie aluminium
verre au lycée Paul Langevin de Beaucaire. Ça marche très bien, j’ai
même été reçu 3éme aux olympiades des métiers de l’Occitanie
dans ma catégorie. Je suis délégué de ma classe. J’arbitre les matchs de foot féminins du lycée. J’ai activement participé au parlement européen des jeunes. Les professeurs disent de moi que je suis un élément moteur. Tous mes stages en entreprise se passent très bien, mais je n’ai pas pu travailler cet été.


Le Préfet de l’Hérault a refusé de me donner une carte de séjour à
cause des 3 ans d’interdiction du territoire français. Sur la base de
mon passeport prouvant ma minorité à l’époque de ma condamnation et de ma parfaite réussite scolaire, la requête pour la levée de mon
interdiction du territoire français a été jugée le 24 octobre dernier.
La juge n’a conclu qu’à l’irrecevabilité de la demande, estimant que je ne devais plus être en France et ne voulant même pas tenir compte des éléments nouveaux que mon avocat présentait. Nous allons devoir faire appel.


S’il a fallu un quart d’heure à la justice pour m’envoyer en prison,
sans m’avoir laissé le temps de me défendre, il faudra des mois ou
peut-être même des années pour ma condamnation soit révisée. Ou est la justice là-dedans ? A quand la fin du tunnel pour Ali ?


 

mardi 30 octobre 2018.

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