Maltraitance d'enfants au Havre, ville du Premier Ministre Edouard Philippe

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Campagne Droits de l’Enfant. Témoignages sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE)

Maltraitance d'enfants au Havre, ville du Premier Ministre Edouard Philippe

 

A l’occasion de la journée internationale des Droits de l’enfant le 20 novembre, le collectif Justice pour les jeunes isolés étrangers (Jujie) lance une campagne de sensibilisation et de mobilisation aux côtés de ceux qu’on appelle Mineurs Isolés Etrangers (Mineurs Non Accompagnés selon la terminologie officielle) : un témoignage chaque jour sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE).
Le Resf est partenaire de cette action.

Lire tous les témoignages de la campagne du 25 octobre au 20 novembre 2018

Au Havre aussi, ville du premier ministre Edouard Philippe, les mineurs isolés étrangers sont maltraités, mis à la rue, rejetés, méprisés.
L’association Des Lits Solidaires qui tente de leur venir en aide en
témoigne.

Depuis 2 ans que notre association héberge et accompagne
des mineurs et des majeurs isolés étrangers, nous avons été témoins de faits scandaleux au regard de la loi et du respect de la dignité
humaine. Des mineurs ont été laissés à la rue après avoir reçu une
notification de rejet à la suite d’une évaluation des services de l’ASE.
Nombre de ces jeunes ont passé plusieurs mois dehors pour être
finalement, sur injonction du juge, pris en charge par l’ASE. Pendant
ces mois d’attente aucune solution d’hébergement, de nourriture, de
scolarisation… n’a été proposée.

Sur les 52 jeunes passés par notre association, 34 se sont trouvés
dans cette situation, pendant laquelle aucun service ou représentant de
l’Etat n’a accepté de les prendre en charge. Ces jeunes, aux yeux de
l’Etat, n’ont pas d’existence, ne sont pas dignes d’intérêt et sont sans
droits. Nous les avons hébergés, nourrit, soignés et scolarisés pour
que soient respectés leurs droits fondamentaux, en lieu et place de
l’Etat.

Plusieurs fois nous avons conduit des jeunes à l’ASE pour réclamer
leur mise à l’abri avant leur évaluation. Nos interventions se sont trop
souvent soldées par des échecs, même quand les températures extérieures étaient négatives. A titre d’exemple, nous avons accompagné un jeune de 14 ans à l’ASE et au commissariat par -7°C et, aux deux endroits, nous avons obtenu la même réponse : « nous n’avons pas de solution. »

Nous pouvons également témoigner que lorsque ces jeunes ont été
finalement pris en charge dans des hôtels, cette prise en charge est
loin de ce que la loi leur accorde : des locaux parfois vétustes, des
chambres remplies au-delà de leur capacité, des problèmes de chauffage, pas d’endroit adapté pour le travail scolaire et aucun éducateur sur place. Les éducateurs sont débordés et surchargés de travail et ne peuvent remplir correctement leur mission. Des frais de cantine, de vêture et d’équipement scolaires n’ont pas été réglés par l’ASE.

Il est arrivé plusieurs fois que des jeunes, pour lesquels le juge
avait ordonné un placement aient à attendre un mois avant que le
placement soit effectif. C’est tout à fait scandaleux, puisque c’est
quand même la décision du juge qui n’est pas respectée ! Et, comme si ce n’était pas suffisant, l’ASE a refusé, pendant la même période, de prendre en charge des frais de bouche et de vêture des jeunes concernés.

Nous avons alerté la mairie à 3 reprises, sans qu’aucune solution
n’ait été proposée, notamment pour ces jeunes en attente de la décision du juge. La loi qui régit la protection de l’enfance stipule pourtant que le doute doit profiter à l’enfant.

La lecture des notifications de rejets reçues par les jeunes
témoignent d’une suspicion permanente à leur égard et s’appuient sur des motifs légers ou carrément douteux. (« traces de rasage, un cheveu blanc, une absence d’émotion à l’énonciation de la décision de refus »…)

La multiplication des tests osseux, qui avaient disparus des
pratiques pendant un temps, participe du même mouvement et témoigne d’une volonté de refuser de prendre en charge des jeunes.

Les jeunes, pris en charge par l’ASE, se retrouvent de nouveau à la
rue (ou à l’armée du salut) le jour de leurs 18 ans, sans qu’aucune
solution digne et pérenne n’ait été préparée et organisée pour la suite.

Un des jeunes de l’association, après l’obtention brillante de son
CAP d’électricien, est entré en apprentissage pour préparer un brevet
professionnel. Il s’est alors retrouvé à l’Armée du Salut, sans solution
de repas le midi et dans des conditions indignes de logement (douches sales, affaires personnelles fouillées). Deux autres jeunes ont atteint leur majorité sans jamais avoir été pris en charge. L’un a obtenu un titre de séjour, l’autre une Obligation de Quitter le Territoire (OQTF).
Pourquoi une telle différence de traitement alors qu’ils sont tous les
deux scolarisés et réussissent brillamment leurs études ?

Tant qu’ils ne sont pas en possession du récépissé de leur demande de
titre de séjour, les jeunes ne peuvent accéder ni à un logement, ni à
un compte bancaire. Donc, même en apprentissage, ils restent privés de ressources pour manger et se vêtir.

Alors que la loi prévoit, en l’absence de moyens d’existence
suffisants, la mise en place par l’Aide Sociale à l’Enfance d’un
« contrat jeune majeur » pour les accompagner dignement jusqu’à
l’autonomie.

Nous avons dû également soutenir et accompagner des jeunes en
souffrance psychologique, avec nos moyens certainement insuffisants.

Indignés par les traitements infligés aux personnes migrantes
mineures ou majeures, nous avons plusieurs fois demandé de l’aide et
fait appel à la responsabilité de la Ville d’Edouard Philippe. Comment comprendre qu’une ville comme Le Havre refuse de prendre ses responsabilités et refuse de mettre en place des solutions pour qu’aucun enfant, aucune famille, aucun jeune isolé étranger ne soit contraint de vivre dehors, privé de droit et de dignité ?

Ces jeunes ne comprennent pas pourquoi on les traite avec un tel
mépris, pourquoi l’Etat déploie tant de moyens pour les rejeter. Nous
sommes bien en peine de leur expliquer. Que leur dire, sinon que l’Etat ne respecte pas la loi, que les juges ne sont pas respectés et que les hommes politiques de ce pays et d’autres pays européens ont décidé de concentrer leurs moyens et leur action sur le refus de les accueillir ?

Des Lits Solidaires – Le Havre

Octobre 2018

jeudi 1er novembre 2018.

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