Besançon : l'invraisemblable histoire d'un Malien, expulsable pour 300 euros

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Besançon : l'invraisemblable histoire d'un Malien, expulsable pour 300 euros

 

Parfaitement intégré, CDI en poche, Modibo Touré, originaire du Mali arrivé à Besançon en 2012, fait pourtant l’objet d’une obligation de quitter le territoire. En cause : 300 euros manquants sur sa fiche de paie. Récit.

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Diplômé, salarié, pacsé, Modibo Touré s’est parfaitement intégré en
France depuis son arrivée en 2012. Pourtant, aujourd’hui âgé de 30 ans,
il est menacé d’expulsion. Pour 300 euros qui manquent sur sa fiche de
paie.

Cela fait six ans que le jeune homme originaire de Bamako
est arrivé en Franche-Comté, à Besançon plus exactement, avec un visa
étudiant en poche. « Au Mali, suite au coup d’État, l’université était à
l’arrêt. Il y avait d’abord eu une année blanche, puis deux ans de
grève. Il n’y avait pas d’avenir là-bas », explique-t-il.

Alors
Modibo décide de tenter sa chance en France, malgré quelques doutes.
« Quitter son pays n’est jamais facile, mais je n’avais pas d’autre
choix. Et puis, en France, je pouvais compter sur ma sœur qui habite à
Paris depuis quinze ans. »

À l’université de Bourgogne
Franche-Comté, il obtient une licence puis, en 2016, un master « Qualité
management des performances ». Surtout, il s’intègre petit à petit dans
sa nouvelle vie : il rencontre Anaïs, avec qui il est aujourd’hui
pacsé, se fait de nouveaux amis. Pour payer ses études, il s’investit
aussi comme animateur dans des associations de soutien aux personnes
dépendantes ou en situation de handicap (Aledd, Idoine, UFCV).

À
la fin de ses études, il sollicite une autorisation provisoire de séjour
pour chercher un travail. Il a un an pour cela, il n’aura besoin que de
six mois : en mars 2017, il est embauché en CDI comme qualiticien par
le Réseau qualité Bourgogne Franche-Comté, un groupement d’intérêt
public travaillant auprès des établissements médico-sociaux. Il déménage
alors dans le pays de Montbéliard.

« C’est six ans d’études, de travail et de bénévolat qui vont être balayés »

Confiant,
Modibo Touré s’adresse en octobre 2017 à la préfecture du Doubs. Il
aimerait faire changer son titre de séjour et passer d’un statut
étudiant à celui de travailleur salarié. Une demande rejetée, assortie
d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Un coup
de massue pour le jeune homme. « On me reproche de ne pas gagner assez
pour pouvoir rester en France », souligne-t-il incrédule. Selon la
réglementation en vigueur, un étranger sollicitant un changement de
statut d’étudiant à salarié doit faire valoir une rémunération au moins
égale à 1,5 fois le Smic (2 247 euros bruts, N.D.L.R.). Modibo, lui, ne
gagne « que » 1 950 euros.

Avec son avocate, il fait appel de
cette décision devant le tribunal administratif de Besançon.
« Aujourd’hui, ma vie est en France. C’est six ans d’études, de travail
et de bénévolat qui vont être balayés pour 300 petits euros sur une
fiche de paie. »

Son employeur écrit un courrier au tribunal
administratif pour attester qu’en mars 2019, avec deux ans d’ancienneté
dans l’entreprise, il touchera 2 430 euros bruts. Insuffisant pour le
tribunal qui confirme le rejet du titre de séjour le 25 septembre
dernier. Devenu sans papier, Modibo perd alors son travail, son
logement. « Aujourd’hui, je suis logé chez un ami à Beaucourt. Sans lui,
je serais SDF. J’ai dû vendre mes meubles et ma voiture. »

Dans
le Territoire de Belfort, il a voulu déposer une nouvelle demande auprès
de la préfecture de Belfort au motif de la vie familiale, faisant
valoir le Pacs avec sa conjointe. « Mais quand ils ont vu que j’étais
sous le coup d’une OQTF, ils m’ont pris mon passeport et m’ont assigné à
résidence. » Modibo Touré ne peut plus quitter le Territoire sans
autorisation préalable et doit pointer tous les matins à la gendarmerie.

Il
a bien tenté un dernier recours devant la Cour d’appel de Nancy mais
celui-ci n’est pas suspensif. « Je ne vis plus, je survis. À chaque
instant, je me demande si on ne va pas venir me chercher pour me
renvoyer au Mali. » Avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête,
Modibo Touré s’est résigné à acheter un billet d’avion pour repartir au
Mali. À la date du 3 décembre. Mais il aimerait encore croire que tout
peut s’arranger. Épuisé, mais pas sans espoir.

Source : L’Est Républicain, 28 octobre 2018

mercredi 7 novembre 2018.

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