Migrants : un autre cri du cœur

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Échenoz-la-Méline - L’histoire du jour

Migrants : un autre cri du cœur

 

Matthieu, entrepreneur de Noidans-lès-Vesoul, et Noury, migrant hébergé à Échenoz-la-Méline, sont devenus amis il y a quelques mois. Le geste qui a rendu Mamadou Gassama célèbre les a poussés à témoigner.

Matthieu Perrot et son fils Louis ont sympathisé avec Noury, un Soudanais qui a fui son pays en guerre. Ils espèrent que la belle histoire du « héros » Mamadou Gassama fera un peu changer le regard des gens sur les migrants. Photo Dominique ROQUELET

L’histoire de Mamadou Gassama les a touchés, forcément. Comme
beaucoup de monde, ils ont admiré le geste de ce jeune Malien
sans-papiers qui a sauvé un bébé en escaladant quatre étages de la
façade d’un immeuble parisien, samedi dernier. Mais pour Matthieu et
Noury (1), cet exploit a une résonance particulière.

Les deux
hommes sont amis depuis l’hiver dernier. Ils se sont rencontrés au club
de basket de Vesoul. Comme Noury n’a pas de moyen de transport, Matthieu
Perrot lui a proposé de le ramener après les entraînements à
Echenoz-la-Méline, où le jeune Soudanais réside. « On a bien discuté, on
a sympathisé », raconte l’entrepreneur de Noidans-lès-Vesoul. « Noury
est venu manger à la maison, on a regardé des matches de foot
ensemble. » Balades au lac de Vaivre, parties de cartes endiablées…
Noury est devenu un proche de la famille.

Un
vrai bol d’air pour ce grand gaillard de 26 ans, qui a fui son pays en
proie à la guerre civile il y a quatre ans. Décidé à rejoindre l’Europe
afin d’échapper aux massacres qui ensanglantent le Darfour, il a dû en
passer par l’enfer de la Lybie. Son récit de la traversée de la
Méditerranée, sur une embarcation de fortune qui a coulé, fait froid
dans le dos. Après l’Italie, il fallait encore franchir les Alpes pour
rejoindre Paris, d’où Noury a été conduit à l’automne dernier au Centre
d’accueil et d’orientation (CAO) d’Échenoz-la-Méline, près de Vesoul.

Désormais, c’est ici que Noury aimerait faire sa vie : l’accueil
qu’il a reçu en Haute-Saône l’a touché. Il voudrait avant tout pouvoir
chercher un travail, car il n’aime pas rester sans rien faire. « Le
problème, c’est qu’il tombe sous le coup de la loi Dublin », regrette
Matthieu Perrot. « Pour l’instant, il ne peut pas faire sa demande
d’asile en France et il risque d’être expulsé à tout moment vers
l’Italie. »

Une perspective qui s’est évaporée subitement lundi
dernier pour Mamadou Gassama, à qui Emmanuel Macron a promis la
naturalisation. « Tant mieux, il le mérite largement », commente
Matthieu Perrot. « Mais à mes yeux, Noury et ses amis du CAO ont les
mêmes qualités que Mamadou : pour vivre ce qu’ils ont vécu, il faut être
très courageux. Ne pas pouvoir au moins faire la demande d’asile ici,
c’est une injustice. »

Impliqué dans aucune association d’aide aux
migrants, mais heurté par la politique « extrêmement dure » à ses yeux
mise en œuvre envers eux à l’échelle nationale, Matthieu Perrot en
appelle aujourd’hui au préfet de la Haute-Saône. « Le destin de Noury et
des autres migrants d’Échenoz est entre ses mains, c’est le seul qui
peut les sauver. C’est ce que pensent tous les résidents du CAO. » Plus
simplement, son copain Noury, Matthieu n’a pas envie de le perdre.

(1) Il s’agit d’un prénom d’emprunt, car l’intéressé ne souhaite pas que son identité soit dévoilée

Source : L’Est Républicain, 31 mai 2018.

mercredi 7 novembre 2018.

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