Maltraitance de mineurs isolés : trois constats de Médecins du Monde

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Campagne Droits de l’Enfant. Témoignages sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE)

Maltraitance de mineurs isolés : trois constats de Médecins du Monde

 

A l’occasion de la journée internationale des Droits de l’enfant le 20 novembre, le collectif Justice pour les jeunes isolés étrangers (Jujie) lance une campagne de sensibilisation et de mobilisation aux côtés de ceux qu’on appelle Mineurs Isolés Etrangers (Mineurs Non Accompagnés selon la terminologie officielle) : un témoignage chaque jour sur la maltraitance infligée aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE).
Le Resf est partenaire de cette action.

Lire tous les témoignages de la campagne du 25 octobre au 20 novembre 2018

Vignettes cliniques

Programme Mineurs Non Accompagnés (MNA)

Délégation IDF de Médecins du Monde (MDM)

 Les situations décrites ci-après témoignent des parcours de soins
chaotiques de trois mineurs du fait de l’absence de représentant légal
sur le territoire français. Tous les prénoms ont été changés.

Mody

Mody a 16 ans, il est arrivé en France en novembre 2016 après être passé par la Libye et l’Italie.

Refusé au bénéfice de l’Aide Sociale à l’Enfance au stade
administratif, laissé sans soins pendant le temps de l’évaluation par le
conseil départemental du 94, Mody est orienté chez Médecins du Monde (MDM) en décembre 2016 par l’association Hors la Rue qui le suit.

Il rencontre alors pour la première fois un médecin qui, à l’auscultation, constate une pâleur anormale et un essoufflement
important. Un bilan biologique ainsi qu’un dépistage sérologique et
pulmonaire est prescrit. Mody étant mineur, ses parents doivent
consentir aux soins. Or, dépourvu de tuteur légal sur le territoire, il
doit être accompagné par une personne majeure pour permettre le
prélèvement sanguin et la radio au centre de santé. C’est un bénévole de Mdm qui l’accompagne pour permettre le dépistage.

Les résultats sérologiques mettent en évidence une anémie majeure
nécessitant une prise en charge en urgence. Mody est alors accompagné aux urgences, où il est immédiatement pris en charge et transfusé. Il est ensuite hospitalisé en médecine interne 5 jours, qui diagnostique une maladie cœliaque.

Cette maladie nécessite un régime alimentaire restrictif, incompatible avec la vie à la rue, qui expose Mody au risque de voir réapparaître l’anémie rapidement et nécessiter une nouvelle transfusion.

Cinq jours après son admission aux urgences, la question de sa sortie d’hospitalisation se pose.

Le service de médecine interne contacte alors MdM. N’étant pas le
représentant légal de Mody, nous refusons d’autoriser sa sortie
rappelons au service social de l’hôpital qu’un signalement au parquet
doit être réalisé, compte tenu de la vulnérabilité du mineur, du suivi
médical impératif dans le cadre de sa pathologie et de l’attention
nécessaire pour satisfaire aux exigences de sa maladie, incompatibles
avec la situation de précarité actuelle du jeune.

L’hôpital refusant de saisir le Parquet, l’association Hors la Rue
fait sortir Mody de l’hôpital et saisit le parquet et le juge des
enfants de la situation préoccupante de ce jeune. MdM réalise un rapport médico-social qui sera joint aux saisines afin d’éclairer les
magistrats sur les besoins du jeune et les dangers qu’il encourt.

A l’issue des démarches judiciaires, Mody sera confié aux services de
l’Aide Sociale à l’Enfance jusqu’à sa majorité et a ainsi pu recevoir
des soins adaptés.

Tony 

Tony a 16 ans. Nous le rencontrons alors qu’il vient d’arriver en France.

Lors de sa première venue chez MdM, nous constatons un état de stress et d’anxiété extrême du fait de nombreux traumatismes vécus (violences subies dans son pays et lors du trajet migratoire).

Tony exprime par ailleurs des plaintes concernant sa vue et une
sensation de troubles de l’équilibre. Une baisse de l’acuité visuelle
notable est repérée au niveau de l’œil droit par le médecin.

Nous l’orientons au DEMIE (Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers) pour faire valoir sa qualité de mineur non accompagné. Nous adressons à l’attention de l’infirmière du DEMIE sous pli confidentiel des recommandations spécifiques eu égard à ses besoins en santé et les invitons à orienter immédiatement Tony vers les urgences ophtalmologiques et l’y accompagner, compte tenu de l’état de détresse physique et psychique manifeste du jeune.

Le DEMIE oriente simplement le jeune aux urgences, avec un courrier de liaison précisant que « le jeune est en cours d’évaluation dans notre structure et ne possède à ce jour aucun représentant légal sur le territoire français ; il n’a donc aucun statut administratif. A ce titre, nous sommes dans l’impossibilité de mettre en place un accompagnement physique dans ses différentes démarches de santé »)

Le médecin des urgences ophtalmologiques diagnostique une cataracte congénitale sur l’œil droit et atteste de la nécessité d’une
intervention. Toutefois, du fait de l’absence de représentant légal et
de l’instabilité de sa situation sociale, l’hôpital propose de ne revoir
Tony que dans 6 mois : la baisse drastique de son acuité visuelle
revêtira alors un caractère d’urgence, permettant ainsi une intervention chirurgicale sans autorisation parentale.

Cette annonce a un impact psychologique majeur sur Tony, complètement paniqué par la perte progressive de la vision de son œil et l’incompréhension face à l’impossibilité de recevoir des soins.

Entre temps, le DEMIE notifie à Tony un refus d’admission au bénéfice de l’ASE et le remet à la rue, sans tenir compte de ses besoins en santé et des risques encourus à défaut d’attention spéciale.

MdM oriente alors Tony vers l’association ADJIE (accompagnement et défense des jeunes isolés exilés) afin qu’il puisse saisir le juge des
enfants et rédige un rapport médico-psycho-social à l’attention du
Président du tribunal pour enfants pour apporter un éclairage sur les
besoins de Tony, les blocages dans l’accès aux soins rencontrés par ce
jeune en situation d’extrême vulnérabilité.

Dans l’attente de son audience, Tony est hébergé par des citoyens (il
change de lieux tous les jours au début, puis un peu moins souvent et
finit par être stabilisé dans une famille), suit des cours de français
et assiste à des entraînements de foot.

Il fréquente régulièrement la permanence psy de MdM.

Ces différents étayages lui permettent de revenir à un état de stress
gérable en attendant son audience devant le Juge des Enfants

Tony a depuis été confié aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance.
Il a pu être opéré, porte des lunettes dont il est très fier et suit une
scolarité sans handicap visuel. 

 

Mamadou

Mamadou a 16 ans. Arrivé en avril 2017 en France, nous le rencontrons en mai alors qu’il est mis à l’abri par le DEMIE en attendant l’évaluation de sa situation.

Mamadou souffre de vives douleurs maxillaires suite à une agression
subie en France qui l’a laissé sans aucune dent de devant notamment.
Outre les douleurs, cela rend la prise alimentaire complexe, notamment au regard des aliments fournis par le dispositif de mise à l’abri (sandwichs, kebabs et repas chauds qui accentuent la douleur).

Malgré son état de santé, Mamadou n’a pas pu voir l’infirmière du
DEMIE. MdM réoriente Mamadou vers le dispositif de santé du DEMIE avec un courrier sous pli confidentiel afin qu’une prise en charge sanitaire puisse se mettre en place. MdM recommande d’orienter Mamadou vers un service odontologique et d’ouvrir des droits à une couverture maladie PUMA (protection universelle maladie) et complémentaire CMUc en prévision de soins dentaires très lourds.

En juillet 2017, une décision de refus d’admission au bénéfice de
l’ASE est notifiée à Mamadou, qui revient nous voir et nous informe
qu’il n’a jamais été reçu par l’infirmière du DEMIE, n’a pas reçu de
soins. Il vit désormais à la gare du Nord. Sa capacité à s’alimenter est
de plus en plus réduite et le jeune a tendance à s’isoler, ayant honte
de cette disgrâce esthétique et des difficultés d’élocution que cela
occasionne. Il nous indique également être suivi par l’ADJIE et avoir
saisi le Juge des enfants de Paris.

MdM oriente alors Mamadou vers le service odontologique de l’hôpital et entame des démarches en vue de l’ouverture de droits à l’Aide Médicale d’Etat (AME).

L’hôpital entame les premiers soins permettant de diminuer les
douleurs, mais le service odontologique ne peut poursuivre les
interventions nécessaires, compte tenu de l’absence d’autorisation du
représentant légal et les frais importants liés aux soins et non
couverts par l’AME.

Quelques mois plus tard, le Juge des enfants a prononcé une mesure
d’assistance éducative et des soins appropriés ont ainsi pu être
apportés à Mamadou.

mardi 13 novembre 2018.

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