Des infos du RESF de l'Ile de Mayotte

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Des infos du RESF de l'Ile de Mayotte

 

RESFIM : témoignage.

Nom : Allaoui

Prénom : Asraon

DN : 24/01/1989

Classe : 5ème 7 au collège de Mtsangamouji.

Antérieurement à l’école primaire de Tsingoni depuis le CE2.

Père : Asraon Ahamadi

Mère : Zainabou Bonaéli

Adresse : quartier Hadoumé, Tsingoni.

Arrestation : le 30 juin 2006.

Arrivée à Mayotte : fin 2001 .

Témoignage :

Je dors chez mes parents, la veille de ce jour-là, il fallait faire des photos pour le collège, à Combani et je devais retourner le vendredi matin. C’est pourquoi je n’ai pas dormi chez mes parents. J’ai dormi chez mon copain quartier Hadoumé car il devait me réveiller au moment de la prière. C’est la première fois que je dormais là-bas. Mon camarade ne dormait pas et il a entendu la police donc il s’est échappé. Il était deux heures du matin(ndlr : plus probablement, après recoupements les gendarmes devaient être présents vers 5h, l’appel à la prière ayant lieu vers 5h30/5h45). Le muezzin n’avait pas encore fait l’appel à la prière. Les gendarmes ont attendu. Les amis ont attaché une chaîne à la maison. Les gendarmes ont voulu casser la porte avec ? et ont attendu jusqu’à 5 heures du matin. Il faisait jour. Ils sont rentrés dans la maison et ont demandé si on était des voleurs. Ils nous ont dit qu’ils nous attachaient avec une sorte de plastique. La personne qui m’a attaché m’a trop serré, je l’ai supplié de me détacher un peu mais il n’a pas voulu, j’ai beaucoup souffert. Je lui disais que j’étais un élève , il m’a dit que cela ne faisait rien. J’ai demandé de téléphoner un première fois pour que qqun emporte mon dossier au collège : refus ; ensuite, quand je suis monté dans le camion, j’ai demandé à téléphoner, nouveau refus.

On est emmené à la gendarmerie de Sada, j’ai signé un document : nom, prénom, pas l’âge (on ne m’a même pas demandé mon âge). Ma tutrice est venue : elle est mahoraise. Elle s’appelle Mariyati Saâdi. (Madjoun Aidi).

Après, elle a demandé à la police de me donner de l’argent, ils ont refusé. On m’a emmené dans le camion (on n’avait rien bu , rien mangé) , il y avait bcp de gens (5 adultes et des enfants et des bébés). Des enfants pleurent à cause de la faim. J’ai faim et ils me donnent à boire ! On nous emmenés dans le camion sur la barge, de l’autre côté du marché, on descend . On nous emmène en Petite terre et on nous dit que l’on va manger au centre de rétention. On remonte dans un camion (je suis détaché). On arrive au centre de rétention et on ne nous donne pas à manger. C’est vers midi. On est retourné à la barge pour prendre le bateau pour aller à Anjouan, c’est le Maria-Galanta. Les petits enfants ont faim , les bébés aussi. J’ai donné une sucette au bébé parce qu’il n’y avait pas le choix ; sur le bateau, il y avait des touristes. Sur le bateau, pas de gendarmes. On a parlé avec des Mahorais mais pas de notre arrestation. Sur le bateau, il y avait à manger pour ceux qui avait des sous ; moi j’avais rien, donc je n’ai pas pu manger. On était parti à deux heures, on est arrivé à sept heures, toujours sans manger. J’avais mal au ventre. Il faisait très nuit. On voulait chercher un taxi pour monter au village ; le chauffeur de taxi nous demande dix euros par personne ! J’avais rien du tout ; mon copain avait des sous et c’est lui qui a payé pour moi. Je suis arrivé au village (Angadzalé) mais je n’avais pas de famille ni de parents car toute la famille est à Mayotte. On est allé chez mon copain (Rachid) ; on a frappé à la porte de sa mère qui nous a ouvert et nous demande de raconter mais on n’ arrive pas à parler car on est trop fatigué. On a ouvert toutes les marmites pour manger (du riz et des ambrevades). On a mangé et on a expliqué. Le deuxième jour, je n’ai pas trouvé à manger car les parents de Rachid ne pouvaient pas nous nourrir. Je suis très inquiet à cause de l’école car mon dossier n’était pas arrivé au collège. Je voulais revenir à Mayotte ; je n’avais pas d’argent, je ne savais pas comment faire. J’ai trouvé quelqu’un pour m’aider, je lui ai raconté mon histoire.

Je lui ai demandé de me prêter de l’argent ; il est d’accord pour me prêter mais il faudra que je lui rembourse sinon il me menace de représailles. Il me prête ces 100 euros pour les kwassa-kwassa. J’ai pu revenir le samedi 15 juillet . Dans l’intervalle, je me suis débrouillé en demandant du manioc à ceux qui allaient à la campagne, je dormais chez mon voisin. J’ai voyagé de jour, je suis parti à 13h et on est arrivé à 5h du matin. C’est une barque Yamaha, on était trente sur la barque et dix cabris (on en enlève trois, il en reste sept). Il y avait aussi des enfants. Plus de femmes que d’hommes. J’avais très peur sur le bateau car c’est trop risqué. Il y avait bcp de vagues et du courant. Le pilote pensait qu’on n’allait pas arriver. Tout le monde était bouleversé, on était perdu , on ne savait pas où on était. Le jour où je partais, je n’avais pas mangé et j’ai bcp vomi, ce n’était que de la bile. Lorsqu’on est arrivé sur la plage, on amène les cabris et les bébés, moi je n’arrive pas à marcher parce que j’ai faim et que je suis faible, on m’aide à marcher. Il y a des taxis qui viennent pour nous chercher. Ils nous demandent dix euros par personne. Un copain m’a aidé. On a pris le taxi jusqu’à Chiconi et puis je suis allé chez qq’un qui m’a payé le taxi pour aller à Tsingoni. Je suis arrivé hier chez moi. Quand j’étais à Anjouan, je n’ai pas pu téléphoner directement à mes parents. Ma mère a cpdt eu des nouvelles de moi.

Témoignage de la mère : j’ai téléphoné par hasard à des gens que je connaissais à Anjouan, la personne m’a dit qu’il était à Anjouan, je lui dis que mon fils a été attaqué par la police. J’apprends qu’il ne mange pas et pleure tout le temps. J’ai bcp pleuré aussi et j’avais très peur ; je n’avais pas d’espoir qu’il revienne car je sais ce qui se passe dans les kwassa-kwassa. J’ai téléphoné au collège de M’tsangamouji pour raconter que mon fils avait été arrêté par la police. Je voulais savoir quoi faire pour le dossier : On me répond d’envoyer le dossier et quand mon fils arrive de faire la photo. Après, ils ont téléphoné chez sa tutrice mais elle n’était pas là ; ils ont demandé où j’avais été embarqué mais ils ne savaient pas . Ils ont demandé si j’avais des papiers. Après, ils ont demandé le numéro de portable de la responsable et ils l’ont donné.

Allaoui : j’ai décidé de porter plainte.

Ndlr : le Resfim décide d’accompagner ce jeune pour porter plainte.


A MAYOTTE : 12 000 reconduites sinon rien...

Mayotte, confetti français de l’archipel des Comores : une île densément peuplée, eldorado régional pour nombre d’immigrés, clandestins ou non. Immigrés de la misère, de familles éclatées entre les îles autrefois soeurs en politique comme en géographie, immigrés sanitaires, immigrés enfin scolaires ... Une complexité de la situation qui appelle des solutions pour le moins adaptées, pour le mieux intégrées à la logique locale. Et pourtant, ce qui se déroule sous nos yeux depuis quelques mois porte un tout autre nom : la logique du chiffre - implacable- de reconduites à la frontière exigées pour Mayotte, c’est-à-dire 12 000 personnes par an. Et pour atteindre ce nouvel idéal, qu’importe la méthode pourvu que l’on remplisse les camions grillagés de femmes, d’enfants et de jeunes scolarisés... au prix parfois d’entorses à la légalité. Eh oui, Mayotte est si loin qu’elle vaut bien qu’on y expérimente une nouvelle mode de rentabilité à la Sarkozy ! C’est sans compter sur une certaine vigilance qu’il devient indispensable d’exercer à moins que l’on considère que cette terre mahoraise a un statut si particulier pour qu’on y invente une nouvelle manière d’y appliquer la loi. L’âge de la majorité à Mamoudzou peut-il être différent de celui de Paris ? Le centre de rétention de Petite-Terre peut-il indéfiniment s’apparenter à une geôle où d’aucun ne peut rentrer pour vérifier qui s’y trouve et dans quelles conditions ? Peut-on enfin tolérer cette opacité et cette interprétation de la législation ?

Quelques cas concrets pourront permettre de se faire une idée de la réalité de la situation : en premier lieu, prenons l’exemple d’Ahmed 1, né en 1989 (mineur en conséquence), élève de nationalité comorienne scolarisé en classe de seconde. Ce jeune sera arrêté au mois de mai 2006, pendant les vacances, et malgré sa minorité, la présentation de son certificat de scolarité, de sa carte nationale de lycéen, et le fait que sa mère dispose d’un titre de séjour de 10 ans, il sera expulsé à Anjouan où il n’a aucune attache particulière. Contraint de revenir en kwassa-kwassa 2, au péril de sa vie, ce jeune sera passablement marqué par cet épisode. Comment expliquer que toutes les preuves fournies n’aient pas emporté la décision de raison si ce n’est cette culture du chiffre ? Sur quels critères peut-on décider que des pièces en bonne et due forme ne sont pas crédibles ? L’interprétation de la loi au gré de la bonne (ou de la mauvaise) volonté des forces de l’ordre laisse une place à l’arbitraire qui n’a pas lieu d’être en démocratie.

Abordons maintenant le problème sous un angle moins polémique, moins politique, mais plus scolaire, en l’occurrence en se fondant sur le Code de l’Education qui a valeur de loi. En premier lieu, il convient de rappeler que la mission de l’Ecole est avant tout d’accueillir tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, culturelle ou géographique 3 afin de leur faire acquérir une culture générale et une qualification reconnue et assurée . Quelque soit leur origine, c’est-à-dire ici, qu’il s’agisse d’un Métropolitain, d’un Mahorais, d’un Comorien ou d’un Malgache. Ce qui signifie aussi que l’Ecole n’a pas pour vocation de considérer la nationalité de l’élève comme critère pour inscrire ou orienter, pour raccourcir ou voire interrompre la scolarisation. Dès lors, il est parfaitement discriminatoire de proposer à des élèves, au seul motif qu’ils sont étrangers, des cursus courts type CAP alors que leur moyenne générale avoisine les 14/20 et qu’ils pourraient prétendre à une filière longue.... Quelle logique peut-on alors trouver à l’article L. 121-1 de cette même loi qui stipule que " les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supéieur (...) contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation " ?

Plus préoccupant néanmoins, si l’on doit mettre des degrés dans l’absurde, est d’expulser un élève alors même qu’il n’a pas terminé le cursus scolaire entamé. Encore une fois, au regard de la loi, mais aussi d’une certaine logique de coopération régionale prônée par les hommes politiques de tous bords (renvoyer un élève avant qu’il ait pu décrocher son diplôme crée les conditions d’une future immigration et ne participe pas d’un développement de son pays d’origine), il est difficile de comprendre ce qui justifie de rejeter un élève au seul motif que sa présence sur le territoire n’est pas régularisée. éTout élève qui, à l’issue de la scolarité obligatoire, n’a pas atteint un niveau de formation reconnu doit pouvoir poursuivre des études afin d’atteindre un tel niveau " 4 : en lisant ceci correctement, on comprend donc qu’un jeune, même au-delà de la scolarité obligatoire, peut prétendre à terminer et passer son diplôme. Sauf à être expulsé avant la fin des épreuves ! Le jeune Abdallah, arrêté le 30 juin 2006, renvoyé à Anjouan, était pourtant admis à passer les oraux du " deuxième groupe ", c’est-à-dire les oraux de rattrapage du baccalauréat. Une course contre la montre s’est alors opérée pour le retrouver, le rapatrier (aux frais du lycée !), lui faire passer les épreuves le mercredi 5 juillet et le renvoyer le jeudi 6 au matin... Un soupçon de tolérance mais pas plus. Ou bien la peur du ridicule ? Quoiqu’il en soit, le Réseau Education sans Frontière de Mayotte (RESFIM) souhaite profiter de ces exemples pour réaffirmer le droit des élèves à terminer leur cursus quelque soit leur origine, de réaffirmer le rôle de protection de l’Ecole vis-à-vis des élèves qui lui sont confiés, et enfin de déclarer que les enseignants ne peuvent en aucun cas être des courroies de transmission du Ministère de l’Intérieur ; force est de constater en effet que le CAPES ne comporte pas d’épreuve pratique de " reconnaissance des élèves bien-de-chez-nous é et que ce qui nous anime est la volonté de transmettre des connaissances, quel que soit notre auditoire. Le RESFIM sera joignable toutes les vacances au numéro de permanence suivant : 02 69 28 81 11, afin d’aider les jeunes qui seront interpellés lors de cette période et pour qu’aucun élève ne manque à l’appel à la rentrée. Et ne nous demandez pas si l’Ecole est une " nouvelle filière d’immigration ", la polémique politique, tout comme les signes religieux d’ailleurs, ne doit pas passer le portail d’entrée des institutions scolaires de notre République.

RESF- Ile de Mayotte.

mercredi 19 juillet 2006.

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